Jésus, l’accomplissement des Ecritures

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Cliquer sur l’image pour accéder à la vidéo intitulée « Meilleur et véritable » de Dan Stevers, sur Jésus, accomplissement de toutes les figures bibliques.

En complément :

  • une vidéo-résumé de la conférence de Jean-Emmanuel de Ena o.c.d. à Rodez (20/4/2017) sur « Jésus, accomplissement de la Torah », à partir d’une connaissance plus fine du judaïsme contemporain de Jésus ;
  • une série d’images-diapos présentant également Jésus accomplissant les écritures ;
  • enfin, ci-dessous, un texte, plus long et moins clair que ces images, en forme de devoir de séminaire sur le même sujet :

La Bible est plus qu’un livre, c’est une bibliothèque. Mieux, c’est un réseau de textes fonctionnant à la manière d’un hypertexte, avec des liens dynamiques, avec des renvois multiples d’un texte à l’autre, que les notes de bas de page ou en marge de nos bibles nous révèlent. L’analogie avec le web s’arrête là, car se priver de cliquer sur ces liens, ce n’est pas seulement laisser de côté des informations certes complémentaires mais finalement autonomes, c’est aussi manquer le surcroît de sens que le rapprochement de ces textes produit dans le cœur du lecteur croyant de la Bible, dont la lecture est d’abord mémoire d’événements de salut. Parce que tel événement de salut renvoie à tel autre, la moindre analogie entre l’un et l’autre, signalée par une allusion, par des thèmes ou par des mots identiques, éveille la mémoire attentive du croyant, et par suite sa reconnaissance : « C’est le Seigneur ! » (Jn 21,7). L’expérience d’événements analogues conduit alors le peuple d’Israël à écrire une histoire du salut, avec un classement apparemment chronologique des événements. Mais ce classement des textes est aussi perturbé par les relectures multiples d’un même événement, et plus particulièrement celui de Pâque, donnant lieu à des variations sur le même thème, traduites en plusieurs textes, ou au contraire enchâssées dans le même texte, en autant de couches rédactionnelles qu’une exégèse historico-critique essaiera de démêler. Pâques est pour Israël le mémorial annuel de la première Pâques, de la libération de la captivité en Egypte par l’intervention décisive de Dieu pour son peuple. Cette délivrance de l’Exode qui s’actualise dans chaque Pâques annuelle est aussi invoquée chaque fois qu’Israël subit d’autres esclavages et qu’il fait l’expérience d’un salut qui ne lui vient que de Dieu. Aussi, l’Ancien Testament, en tant qu’histoire de salut apparaît comme une succession de relectures, de réinterprétations de cet événement fondateur aux implications présentes et futures. Cette complexité des Ecritures ne nuit pas au projet de mémoire croyante des événements de salut. Elle est au contraire une nécessité pour rendre compte du salut dans sa dimension historique, d’une manière qui dise à la fois sa cohérence dans le temps – la fidélité de Dieu d’Israël à lui-même et à son Alliance – et en même temps dans sa nouveauté – la liberté imprévisible du Seigneur qui est maître de cette histoire. Il y a donc récit, orienté dans le temps vers un salut homogène avec les expériences passées de salut dont on fait le récit ; et en même temps, ce récit est pluriel – au contraire d’une démonstration scientifique, d’une tragédie ou du roman d’un auteur unique où tout converge vers une solution unique – car ces expériences restent partielles, elles ne sont que les figures de ce qu’elles promettent et ne sauraient en elles-mêmes suffire à déduire à l’avance la forme du salut promis. C’est ce double aspect de cohérence et de liberté qui permet de parler d’un accomplissement des Ecritures et de les interpréter typologiquement. Que ce soit dans la 1ère alliance ou dans l’ultime acte de révélation et de salut qu’est Jésus-Christ, l’événement de salut, quel qu’il soit, est cohérent avec ce qui le précède ; il est même espéré, attendu ; et pourtant il relève d’une nouveauté inattendue. Ecritures (photo tirée du site de l'exposition "Torah, Bible, Coran") - cliquer sur cette photoEn faire l’expérience, c’est à la fois vérifier la pertinence des figures qui l’annonçaient, et en même temps accueillir une révélation nouvelle. Celle-ci jette alors sur les figures de salut, sur l’Ecriture, sur les récits passés de l’histoire sainte dans ce qu’ils ont de plus sacrés, de plus « intouchables », une lumière qui autorise à en user comme matériau d’un nouveau récit de salut. A en user jusqu’à les amplifier, à les complexifier avec surcroît de sens, voire à les déformer, au point que le lecteur peut être tenté de s’interroger sur la pertinence du recours à telle Ecriture passée pour le nouveau récit. Il peut même être tenté de ne lire dans ces correspondances entre Ecriture et événements, qu’artifices littéraires, prophéties ex eventu, emploi abusif de formules d’accomplissement déformant les faits pour les faire rentrer dans un cadre de pré-compréhension. Il s’agit en réalité de lire dans ce processus d’amplification, moins une exagération des événements passés, ou une adaptation du récit des faits présents aux formules antérieures du langage biblique, qu’une maximalisation de l’ampleur des événements futurs attendus, un renforcement de l’attente de l’accomplissement : si les événements passés de salut ont eu telle forme, combien plus celui promis à la fin des temps doit-il récapituler tout ce qui n’en a été que la préfiguration. Orientation foncière vers l’avenir, plutôt que souci de correspondance entre événements du passé proche et lointain. On retrouve cette orientation dans ces commentaires théologiques que sont les targum, ou les midrash qui semblent négliger la vérité historique des faits passés pour accentuer la valeur de leur sens actuel ou futur. Cette liberté dans l’usage du passé résulte de l’orientation foncière d’Israël vers l’avenir, qui fait mettre le mémorial du passé au service de cette ouverture, et qui autorise bien des enjolivements à motif théologique ou moral. La littérature apocalyptique (AT et intertestamentaires) fonctionne dans le même sens, en soutenant l’espérance des croyants persécutés, par le rappel du passé pris comme modèle de ce qui doit advenir. Cet eschatologisme propre à Israël puisqu’il est entouré de cultures à temps cyclique, va dans le même sens que son refus viscéral de toute idolâtrie : l’attente du Dieu qui vient, de son intervention définitive pour Israël ne saurait être comblée par une représentation temporelle ou une manifestation historique du divin. Dans cette attente messianique qu’aucun accomplissement historique (juge, roi, prophète…) ne satisfait pleinement, Israël s’ouvre toujours plus à une récapitulation de toutes ses expériences de rencontre avec Dieu, mais telle qu’elle ne peut être conçue qu’à la fin des temps, au delà de l’histoire. On attend celui qui sera à la fois le nouveau Moïse, le nouveau David, le nouvel Elie, le nouveau prophète… mais aussi le serviteur souffrant, la sagesse en personne etc… Devant l’impossible synthèse de ces figures juxtaposées dans l’Ancien Testament, et attendant leur unité dans le Messie eschatologique, la tentation existe d’avoir une conception si transcendante de Dieu qu’on lui refuse la possibilité de se manifester historiquement, et qu’on ne puisse avoir accès à lui que par une « élévation » apocalyptique au dessus de l’histoire qui rendrait négligeable tout ce qui a lieu dans ce monde . On risque alors d’être tellement polarisé sur cette glorieuse fin des temps, qui sera aussi la résurrection des justes, que l’on en devient inattentif à l’humble présence de Dieu à l’œuvre dans le temps. L’attente eschatologique reste première : les thèmes et les figures, les mots et les récits bibliques sont paroles de Dieu, certes, mais en tant qu’ils pointent tous en direction du Messie à venir.

Ecritures

A ce titre, ils lui sont relatifs ; ils ont beau être inlassablement mis en relation les uns avec les autres, être analysés via targum, interprétation allégorique, rabbinique ou cabalistique… de manière toujours plus complexe ou imagée pour leur faire donner du sens, Israël les conserve en fait comme autant de trésors sans rapport évident les uns avec les autres, comme autant de pièces détachées dont il manquerait le plan d’assemblage. Et le Talmud, qui est l’équivalent juif du Nouveau Testament, ne change rien à cette attente. L’attention croyante d’Israël se concentre ainsi successivement sur (1) l’intervention de Dieu dans l’histoire, à travers tel événement de salut, (2) l’attente d’une intervention future de Dieu dans l’histoire, qui intègre toutes les caractéristiques passées – ce serait le propre du prophétisme – et les récits jouent bien sur des formules d’accomplissement, et enfin, devant l’impensabilité d’une telle intégration dans l’histoire, (3) l’attente d’un temps nouveau, eschatologique, apocalyptique, en rupture avec le temps de l’histoire, car intégrant toutes les figures apparemment contradictoires de l’histoire sainte. Si accomplissement des Ecritures il y a, ce n’est donc pas seulement en vertu d’une analogie de fait entre les événements historiques de salut, ou en vertu de la lumière portée par les événements postérieurs sur ceux du passé et réciproquement, mais dans le cadre de l’attente d’un événement ultime, impensable, qui récapitule toute l’histoire du salut. De la sorte, si les formes d’accomplissement des Ecritures de l’Ancien Testament ont une valeur qui va au-delà du procédé littéraire ou de la relecture de l’histoire sainte d’Israël, c’est parce qu’elles sont elles-même la préfiguration d’un événement réel qui soit l’accomplissement des Ecritures par excellence. Cet événement, c’est la Pâques de Jésus-Christ. Tout accomplissement – partiel – des Ecritures renvoie à cette Pâques.

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