A propos d’exorcisme…

Réponse à une question d’un étudiant sur les exorcismes, en particulier ceux que l’on peut voir dans des films récents – ou non.

Je ne suis pas le meilleur interlocuteur sur les questions d’exorcisme, même s’il m’est arrivé d’être confronté une fois à des phénomènes vraiment extraordinaires – déplacements et destructions d’objets sans cause physique explicative -, qui ont requis que je célèbre sacrement du pardon et messe au domicile d’un couple victime de cela : les phénomènes ont cessé alors.

Il n’y a qu’un prêtre par diocèse que l’évêque nomme exorciste. La plupart des exorcistes que j’ai rencontrés témoignent que les « possessions » ou envoûtements ou autres phénomènes extraordinaires requérant un « exorcisme » du genre décrit dans les films, sont en fait extrêmement rares, et que 99% des personnes qui sollicitent un exorciste en se pensant envoûtés ou confrontés à des phénomènes qu’ils croient « surnaturels », sont certes confrontés au diable, mais selon des modalités en fait explicables psychologiquement ou médicalement. C’est pour cela que les exorcistes s’entourent souvent d’une équipe comprenant psychologues ou psychiatres.

Pour souligner le caractère ordinaire des phénomènes démoniaques, le fait que le diable emploie des causes secondes banales pour agir, et qu’en contrepartie, les moyens pour y répondre sont tout simples et ordinaires, il suffit de remarquer qu’avant Vatican II, tout prêtre avant son ordination sacerdotale, recevait les 4 « ordres mineurs », dont celui d’ « exorciste », pour indiquer que n’importe quel prêtre, voire même n’importe quel chrétien, peut dire une prière de délivrance du Mal, notamment par un simple « Notre Père » : la petite Thérèse de Lisieux, à 8 ans, avait compris que la simple prière confiante d’une enfant ayant la foi en Jésus-Christ pouvait faire « fuir les démons ».

Le diable n’a en fait pas besoin de moyens extraordinaires pour abîmer l’homme, physiquement, psychiquement, moralement ou spirituellement : dans les vies des saints, c’est même un signe de faiblesse de sa part (cf. les violentes manifestations démoniaques qu’a subies le curé d’Ars…) et il y a d’autant moins à en avoir peur qu’il y fait de l’esbrouffe. C’est ainsi que j’ai réagi dans le cas évoqué plus haut, en traitant le diable avec des moyens « ordinaires » – une confession et une messe -, mais où le Christ est présent et se charge de l’affaire !

Les termes bibliques employés pour parler du diable (étymologiquement le « diviseur ») : Satan (l' »accusateur »), Démon, Tentateur, Adversaire etc… le désignent comme un ennemi spirituel qui agresse l’homme, un pur esprit qui le tente pour le pousser au péché et à la mort, en fait pour l’éloigner de Dieu. La théologie qui traite de cela (l’angéologie, sic) théorisera cela en parlant du diable comme d’un ange déchu, d’une créature spirituelle, libre, éternelle, dont le « non » au projet divin d’aimer l’homme acquiert de par son statut angélique une valeur définitive. Le diable agresse donc l’homme, non parce que l’homme serait un adversaire digne de lui, mais par opposition au projet divin de faire alliance avec l’homme. Le nom de « Lucifer » (« porteur de lumière »), témoigne de cette jalousie angélique pour Dieu, contre sa mésalliance avec l’homme. Le tentateur vise ainsi à prouver à Dieu qu’il a tort d’aimer une créature aussi vile que l’homme… Le mystère pascal pousse cela à l’extrême avec l’action du Tentateur visant à faire dévier l’homme-Dieu de son sacrifice pour l’humanité (« Sauve-toi toi-même… » 3 fois répété dans la Passion selon saint Luc – Lc 23,35.37.39 -, à l’instar des 3 tentations au début du ministère public de Jésus – Lc 4,1-13). Mais depuis Pâques, il n’y a plus lieu de s’inquiéter de phénomènes démoniaques dans la mesure où avec la crucifixion de son Fils, Dieu a assumé le pire éloignement possible de l’homme avec lui, et en a fait LE moyen de réconciliation avec l’homme.

Même si bien des prêtres ont tendance à ne plus parler du diable, ou à minorer son influence, à l’inverse d’une époque où on en parlait trop, il me semble indispensable de le nommer, car dans le combat spirituel, c’est déjà la moitié du travail de fait que de nommer son adversaire. Dans l’expérience de la tentation que nous connaissons tous, nous ne sommes pas seul avec nous-mêmes, à débattre – ou non – avec notre conscience : il y a un agresseur caché, qu’il convient de désigner pour lui résister, avec la force que donne la foi en Celui qui l’a vaincu sur la Croix.

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