Sur le disciple-missionnaire…

A l’occasion de leur session de formation permanente du 30/4 au 4/5 à Lourdes, des « jeunes prêtres » i.e. ordonnés depuis moins de 5 ans, des provinces de Montpellier, Toulouse, Bordeaux et Poitiers, ont témoigné de ce que signifie pour eux être « disciple-missionnaire », selon l’expression du pape François dans son exhortation apostolique « Evangelii Gaudium » n°120 (2013)*

Interviews réalisés à la Cité Saint Pierre (Lourdes), le 3 mai 2017, en vue du Dimanche des Vocations (4ème dimanche de Pâques – 7 mai 2017)

* « En vertu du Baptême reçu, chaque membre du Peuple de Dieu est devenu disciple missionnaire (cf. Mt 28, 19). Chaque baptisé, quelle que soit sa fonction dans l’Église et le niveau d’instruction de sa foi, est un sujet actif de l’évangélisation, et il serait inadéquat de penser à un schéma d’évangélisation utilisé pour des acteurs qualifiés, où le reste du peuple fidèle serait seulement destiné à bénéficier de leurs actions. La nouvelle évangélisation doit impliquer que chaque baptisé soit protagoniste d’une façon nouvelle. Cette conviction se transforme en un appel adressé à chaque chrétien, pour que personne ne renonce à son engagement pour l’évangélisation, car s’il a vraiment fait l’expérience de l’amour de Dieu qui le sauve, il n’a pas besoin de beaucoup de temps de préparation pour aller l’annoncer, il ne peut pas attendre d’avoir reçu beaucoup de leçons ou de longues instructions. Tout chrétien est missionnaire dans la mesure où il a rencontré l’amour de Dieu en Jésus Christ ; nous ne disons plus que nous sommes « disciples » et « missionnaires », mais toujours que nous sommes « disciples-missionnaires ». Si nous n’en sommes pas convaincus, regardons les premiers disciples, qui immédiatement, après avoir reconnu le regard de Jésus, allèrent proclamer pleins de joie : « Nous avons trouvé le Messie » (Jn 1, 41). La samaritaine, à peine eut-elle fini son dialogue avec Jésus, devint missionnaire, et beaucoup de samaritains crurent en Jésus « à cause de la parole de la femme » (Jn 4, 39). Saint Paul aussi, à partir de sa rencontre avec Jésus Christ, « aussitôt se mit à prêcher Jésus » (Ac 9, 20). Et nous, qu’attendons-nous ?« 

La foi en questions

Nous expérimentons sur la paroisse de Baraqueville (depuis avril 2011) et de Naucelle (depuis mars 2013), une formule de soirées-discussions intitulées « La foi en questions » : 2 heures inspirées de la démarche B’ABBA initiée dans le diocèse de Poitiers, mais sous une forme plus « light », moins dépendante du nombre de participants quant aux préparatifs, et reconductible chaque mois :

Caractéristiques :

• Horaire : 20h30-22h30

• Proposée mensuellement à tout paroissien, chaque 3ème mardi du mois à Baraqueville et 4ème mardi du mois à Naucelle, toute l’année sauf en août. La régularité rend l’info plus facile à retenir et à publier dans le journal mensuel paroissial (paraissant autour du 10 du mois).

• Les couples se préparant au mariage, ou préparant le baptême d’un enfant doivent participer à au moins une telle rencontre : cela est inclus dans la préparation au sacrement qu’ils demandent.

• L’invitation est adressée à tous (annonces paroissiales orale et écrite, affiche-flyer, site internet de la paroisse, journal paroissial), ainsi que par mail aux couples qui y ont déjà participé : quelques-uns de ces couples sont revenus ponctuellement.

• Les participants sont répartis par tables de 6 disposées en forme de cabaret, en mélangeant les générations (pour faciliter l’échange, la remontée commune sans se déplacer, et le visionnage commun d’une éventuelle vidéo au vidéo-projecteur). Nous avons eu jusqu’à présent entre 2 et 6 tables de participants, et une moyenne d’une quinzaine de participants.

• On essaie de ne mettre qu’un couple jeune par table, pour favoriser l’intergénération.

• L’animateur fait une introduction de 2’ à partir de l’intitulé du thème.

• Il lance une première étape de 15’ sur une (ou plusieurs) question(s) « Enquête » imprimée(s) sur un petit papier distribué à chaque table, et permettant à chacun de parler de soi, et de se présenter.

La foi en questions (19 mai 2015)• Après l’ « Enquête », par trois fois :

– l’animateur pose une question à tous (« Recherche ») imprimée sur un petit papier donné à chaque table, qu’ils discutent pendant 15’, suivi d’une remontée par un participant de chaque table ;

– l’animateur conclut par 5 à 10’ de synthèse et éventuellement de remarques pour nuancer, compléter, corriger la remontée, et donner un court complément d’enseignement de foi.

• La 1ère question relève de la morale : un cas de conscience. La 2ème est plutôt existentielle, philosophique ou sur le sens de la vie. La 3ème aborde la foi, avec parfois un extrait biblique. Chaque fois, la question part d’un paradoxe, l’affirmation de deux vérités apparemment contraires, pour obliger à creuser, à entrer dans une intelligence de sa foi… Il ne s’agit pas de questions-devinettes, avec une seule réponse possible. Au contraire, les questions sont faites pour laisser place au débat et obliger l’animateur à « sauver la proposition de l’autre » au moment de la synthèse des réponses des tablées.

• Au moment le plus opportun, on passe éventuellement une vidéo de 4 à 8’ (avant « Enquête » pour lancer le thème ; entre « Enquête » et « Recherche » pour aller plus loin que l’expérience de chacun ; ou après « Recherche » pour donner la parole à un témoin…)

• On conclue par la lecture commune d’un texte (prière, texte biblique, méditation…) avec lequel chacun repart.

• On garantit de terminer à l’heure (22h30).

 

La foi en question (28 avril 2015)La préparation de « La foi en questions » peut être très rapide (moins de 2 heures, travail d’édition compris). Elle consiste à :

• Définir le thème, si possible sous forme de question, ou depuis avril 2013 sous forme de titre d’une émission ou d’une série télé connue (les mots d’un tel titre ont de fait été choisis pour toucher des millions de spectateurs…).

• Elaborer les questions « Recherche » et « Enquête » (il est préférable de le faire à plusieurs…), et les imprimer séparément en plusieurs exemplaires.

• Réaliser l’affiche (très facile au moyen d’un logiciel de dessin gratuit sur le même modèle de départ).

• Choisir (sur internet) textes et éventuellement vidéo.

Dans la logique d’Ecclesia 2007 et de B’ABBA, on ne prépare pas à l’avance de réponse aux questions posées, mais on s’appuie sur les réponses remontées des tables pour la synthèse et les remarques éventuelles permettant d’aller plus loin dans la foi.

L’animateur peut être doublé en un binôme d’animateurs ce qui permet de réagir aux remontées des tables de façon encore plus nuancée, différente : la foi est présentée alors de façon dialoguale.

 

Thèmes abordés jusqu’à présent :

Cliquer sur une image, pour en avoir les pistes d’animation et/ou une affiche plus grande. Pour télécharger toutes les animations des soirées-débats passées, cliquer ICI.

Soirée-débat : la foi en questions - Entrée libre - mardi 20 septembre 20h30-22h30 Soirée-débat : la foi en questions - L'amour est dans le pré - mardi 19 juillet 20h30-22h30 Soirée-débat : la foi en questions - Capital - mardi 21 juin 20h30-22h30 Soirée-débat : la foi en questions - Une famille formidable - mardi 17 mai 20h30-22h30 Soirée-débat, la foi en questions : Silence, ça pousse - mardi 19 avril 2016 20h30-22h30 Soirée-débat, la foi en questions : Il était une fois l'homme - mardi 15 mars 2016 20h30-22h30 Soirée-débat, la foi en questions - 16 février 2016 - A prendre ou à laisser Soirée-débat, la foi en questions - 22 janvier 2016 - Qu'est-ce qu'on a fait au bon dieu... Soirée-débat, la foi en questions - décembre 2015 Soirée-débat, La foi en questions : La France a un incroyable talent - 17/11/2015 Soirée-débat, la foi en questions : un jour, un destin - octobre 2015 Soirée-débat, la foi en questions : Toute une histoire... - septembre 2015 Soirée-débat, la foi en questions : des paroles, des actes - juillet 2015 Soirée-débat juin 2015 - la foi en questions, Secrets d'histoire Soirée-débat mai 2015 - la foi en questions, Retour vers le futur Soirée-débat : La foi en questions Soirée-débat : La foi en questions Soirée-débat : La foi en questions, Patron incognito La foi en questions : Urgences La foi en questions : Envoyé Spécial La foi en questions (nov. 2014) : Tout quitter pour changer de vie La foi en questions, octobre 2014 : Game of Thrones La foi en questions : N'oubliez pas les paroles La foi en questions : Man vs wild La foi en questions : Tout le monde veut prendre sa place Des chiffres et des lettres Vivement Dimanche Salut les terriens ! Ce soir (ou jamais !) Rendez-vous en terre inconnue C dans l'air Un dîner presque parfait Vis ma vie La foi en questions, TransmettrePrier, jeûner, partager

Sur la nouvelle évangélisation

Lundi Saint, le p. Francis Bestion, vicaire général du diocèse de Mende, a donné aux prêtres aveyronnais une conférence sur le thème « La grâce d’une nouvelle évangélisation pour un renouveau de notre ardeur missionnaire ». Voici les notes que j’ai prises : elles n’engagent pas leur auteur.

 

« Nouvelle évangélisation », est un terme que l’on retrouve dès 1973 : Jacques de Grandmaison, parlant de « seconde évangélisation ».

L’idée de « nouvelle évangélisation » de Jean-Paul II n’a pas été bien reçue en France. Benoît XVI l’a reprise à son compte, créant un nouveau dicastère et convoquant un synode romain sur ce thème. Cette idée a fait son chemin et s’est « démocratisée » dans l’Eglise, dans nos diocèses et paroisses. Ce n’est plus une posture pastorale réservée à quelques communautés ou personnes spécialistes de nouvelle évangélisation.

Cette idée est maintenant bien admise, même comprise de diverses manières : c’est dû au contexte.

Des conceptions doivent être écartées, à cause d’une possible intrumentalisation à des fins autres.

Que peut-on entendre par cette expression, à la lumière de textes antérieurs et des réflexions du synode ?

Un contexte nouveau

Lors de son premier voyage apostolique en Pologne, à Nowa Huta, Jean-Paul II fait une 1ère mention de la « nouvelle évangélisation ». « En ces temps nouveaux, une nouvelle évangélisation est commencée, comme s’il s’agissait d’une nouvelle annonce, bien qu’en réalité il s’agisse toujours de la même annonce. » Le monde change, il faut en tenir compte. Ce contexte nouveau, l’Eglise en avait fait le constat au moment du Concile de Vatican II, relayé par le synode de 1974, puis Paul VI avec l’exhortation Evangelii Nuntiandi faisant suite à ce synode, puis Jean-Paul II avec Redemptoris Missio, puis Benoît XVI avec la convocation d’un synode sur la nouvelle évangélisation.

Le concile avait fait le constat de la sécularisation. Quelque chose de plus a changé. Certes la sécularisation a continué, mais surtout, la vision optimiste sur le progrès d’il y a 50 ans n’est plus tenable. La mondialisation fait évoluer la réflexion sur la mission dans le contexte d’une diversité d’opinions et de croyances, au risque du relativisme, contre lequel Benoît XVI a lutté, à l’inverse de certaines herméneutiques du concile. L’urbanisation des cultures s’est accrue en 50 ans, et a modifié le rapport à soi, aux autres, les relations familiales et de voisinage (laissant la place à des relations de réseau). La culture devient plus fluide, la notion d’appartenance connaît des mutations inouïes. Cf. internet, réseaux sociaux…

On pensait à l’époque qu’il fallait entrer en contact avec les cultures, dialoguer. On le dit encore pour être fidèle à l’Evangile, mais il faut quelque chose de nouveau. Certaines craintes liées au concept de nouvelle évangélisation ont été levées, il s’agit de proposer le même message, de manière nouvelle, sans y absorber toute la pastorale, sans renier ce qui s’est fait.

Des fausses pistes écartées

L’expression de nouvelle évangélisation avait suscité au début et aujourd’hui encore des réticences assez fortes, notamment en France, dans nos presbyterium. Les générations plus anciennes des prêtres ont été critiques. La situation est différente maintenant, car nous avons levé des ambiguïtés. On y voit plus clair, l’idée a fait son chemin. Benoît XVI a beaucoup contribué à cette évolution, par la clarté de sa parole, de ses écrits, son humilité et sa simplicité, mais surtout, parce qu’il a essentiellement parlé de Dieu, dans un monde où Dieu est le grand absent. Lorsqu’il a annoncé la renonciation à sa charge, la réaction de V. Giscard d’Estaing à son égard va dans ce sens…

La nouvelle évangélisation n’est pas à comprendre comme un discrédit porté sur la pastorale en place. Si certains le pensent encore, c’est qu’il y a eu des maladresses et des incompréhensions de part et d’autre. Des communautés charismatiques ont pu regarder de haut la pastorale paroissiale, considérée comme pastorale d’entretien, de simple gestion du quotidien. Des curés, des aumôniers d’Action Catholique, ont pu considérer ces communautés comme déconnectées de la réalité, avec une vision du monde en noir, une préférence pour les coups d’éclat au détriment d’un labourage de terrain. Ces critiques peuvent être justifiées, mais elles sont parfois le signe d’un refus de se remettre en question de soi-même.

Des expériences conduites dans les paroisses, la maturation de communautés nouvelles, l’acceptation de l’autre permettent d’y voir plus clair, et de parler plus sereinement de la nouvelle évangélisation, comme renouvellement, plutôt que comme nouveauté absolue.

Les acteurs de l’évangélisation, tous les baptisés sont invités à entrer dans un discernement pour ne pas cautionner toute nouveauté, mais à les inscrire dans une histoire, à se mettre à l’école de la nouveauté perpétuelle de l’Evangile, à l’écoute de l’Esprit Saint.

La nouvelle évangélisation est un appel adressé à tous les baptisés, dans la diversité de leurs engagements et leurs sensibilités. Il s’agit de promouvoir la mission dans la famille, les réseaux, par un recentrage sur la paroisse.

Il n’y a plus de spécialistes de la nouvelle évangélisation, mais la recherche d’une communion entre paroissiens, mouvements, congrégations et communautés. La place des laïcs y est essentielle, le lien avec les prêtres est à soigner, l’accent est mis pour rendre nos communautés paroissiales plus missionnaires.

Autre fausse piste :

En 1983, Jean-Paul II s’adressant à Haïti aux évêques du CELAM, les invite à s’engager non « pour une réévangélisation , mais pour une nouvelle évangélisation, nouvelle par son ardeur, ses méthodes et son expression. » C’est le contexte qui doit être réévangélisé. Il ne faudrait pas laisser croire au retour d’un esprit conquérant alors que cette page a été tournée à Vatican II ; il ne s’agit pas de restaurer une chrétienté rêvée. Jean-Paul II et Benoît XVI ont été clairs. Dans Novo millenium ineunte, Jean-Paul II considère comme dépassée la situation d’une « société chrétienne » se référant aux valeurs évangéliques. La nouvelle évangélisation prend place dans une société sécularisée, il ne s’agit pas d’une contre-culture ou d’un projet socio-politique, mais un projet spirituel et éthique : évangéliser les cœurs et les vies des personnes.

Il y a des courants minoritaires dans le catholicisme qui imaginent la nouvelle évangélisation comme une reconquête, ce qui peut séduire des milieux notamment populaires, pour faire du catholicisme un marqueur identitaire, non pas parce que l’on a fait la rencontre du Christ, mais pour s’opposer à l’islamisation de la France en prônant le « catholique et français toujours ».

Le concordisme est une forme inverse de mondanisme, avec des postures d’enfouissement qui n’ont pas échappé à ce risque.

Une grâce pour notre temps, pour un renouveau missionnaire

Selon l’expression de Paul VI, il s’agit d’une évangélisation renouvelée, surtout en ce qui concerne la participation de tous à la mission de l’Eglise, la nécessité de l’annonce du Christ simple, directe, explicite (Evangelii Nuntiandi 26), annonce joyeuse (80), en cohérence entre paroles et actes (41). Le synode de 2012 a repris ces expressions, soulignant la nécessité d’une conversion radicale (10, 15, 36) et de la sainteté (41, 69, 76).

A la lumière du message des pères du synode, des divers textes du magistère signalés, et d’un regard personnel (lié à la formation des séminaristes…), on peut mettre en exergue quelques éléments constitutifs de la nouvelle évangélisation :

Evangéliser, c’est permettre une rencontre personnelle avec Jésus

C’est l’insistance du synode. Il s’agit de s’adresser aux personnes qui baptisées se sont éloignées de l’Eglise, pour favoriser une nouvelle ou une première rencontre avec le Seigneur. Proposer une « rencontre » (un terme qui revient 21 fois dans le message du synode), une expérience de la rencontre avec la personne vivante du Christ. Dans l’Evangile, on peut penser à toutes les rencontres du Christ avec les personnes de son temps.

Invitation à lire l’Evangile d’un seul trait… Cf. « Où demeures-tu ? » des disciples de Jean-Baptiste. Être avec le Christ les rend ensuite missionnaires. La nouvelle évangélisation nous concerne d’abord en 1er lieu. C’est dans la personne du Christ que se dévoile le mystère d’amour du Père : expérience à refaire nous-mêmes, avant toute mission ad extra. Comment je vais me laisser évangéliser moi-même ?

Evangéliser suppose de se disposer à la conversion

Un appel à la conversion. Dans l’instrumentum laboris  du synode, il y a un tel appel. Engagement œcuménique, recherche de la vérité, dialogue interreligieux, dénonciation de nos infidélités, attention aux plus pauvres.

8 appels à la conversion de l’Eglise, i.e. à notre conversion personnelle.

Pour nous rendre humbles. Les évêques eux-mêmes font un mea culpa. C’est un message qui concerne tout le monde. C’est apparemment la ligne du pape François.

Les pauvretés et les faiblesses des disciples de Jésus et de ses ministres pèsent sur la crédibilité de la mission.

Evangéliser, c’est se mettre à l’écoute de la Parole de Dieu

C’est maintenant une évidence – cf. groupes bibliques… – mais ça n’a pas toujours été le cas. Combien de rencontres, de réunions sans écouter d’abord la Parole de Dieu.

Diaconia a eu un certain succès en Lozère. Des aumôneries de lycées se retrouvent autour de la Parole de Dieu. Des groupes de lecture biblique se forment à domicile.

Il ne s’agit pas de constituer des cercles exégétiques, pour se complaire dans des considérations savantes, mais de permettre la rencontre de Jésus dans sa Parole, le fait de découvrir d’autres dimensions de cette rencontre dans la famille, le travail, la pauvreté, la souffrance.

Nous sommes privilégiés à pouvoir la méditer, la commenter, la prêcher. Certains prêtres ont parfois tendance à prendre des homélies sur internet, sans prier, méditer sur les textes bibliques, sans faire lectio avant.

Evangéliser, c’est affronter les défis que l’histoire nous lance et ouvrir dans ce monde le chemin que le Christ nous ouvre par sa croix

Nous avons parfois perdu du temps dans l’Eglise à tenir des discours opposés sur notre manière de nous situer par rapport au monde. Ce monde est plein de défis, il est aimé de Dieu, et peut toujours y germer la semence de la Parole de Dieu. Pas de place au pessimisme, car le monde a été sauvé par le Christ sur la croix. Jésus nous porte. Cela nous permet d’affronter les défis de l’histoire, même dans des conditions peu porteuses, hostiles…

Cf. mondialisation, migrations, pauvreté même.

L’ouverture au monde, expression parfois piégée, car il s’agit plutôt de travailler de tout notre cœur à ouvrir dans ce monde un chemin pour le Christ, le chemin que le Christ ouvre par sa croix. La présence de la croix, sans laquelle nous serions que des mondains, et l’Eglise une « ONG pitoyable » (pape François)

Evangéliser, c’est permettre à ce que la beauté de la foi rayonne par la liturgie de l’Eglise

La liturgie est une œuvre du Christ, qui s’associe son Eglise, son corps. Le mystère pascal du Christ, s’y actualise. Toute célébration œcuménique, dans SC 7, est « l’action sacrée par excellence, dont nulle autre action de l’Eglise ne peut atteindre l’efficacité ».

On peut être certain du lien intrinsèque entre foi, évangélisation et liturgie. La lettre aux catholiques de France de 1996 a repris cet enseignement du concile, où l’Eglise propose la foi en célébrant cette foi. La liturgie peut être pratiquée comme acte d’évangélisation, car les sacrements sont la source d’où tout part, et où tout est appelé à revenir, donnant leur pleine portée théologale à l’engagement dans le monde.

Mgr Dagens, en 2006, explicite les présupposés théologiques et pastoraux de cette lettre : l’Eglise qui célèbre et qui prie est aussi une Eglise qui évangélise, précisément en célébrant et en priant, par ses sacrements. Contre toute opposition dépassée entre culte et évangélisation (souvent plus rêvée que pratiquée). On ne peut plus se permettre de renvoyer dos à dos les spirituels et les militants de l’action sociale.

Avec Benoît XVI, le mystère cru et le mystère célébré se manifeste dans la beauté, « splendeur de la vérité », non pas en raison d’un esthétisme, mais parce que dans la liturgie resplendit le mystère pascal du Christ. Par elle, la vérité de l’amour du Christ nous rejoint, nous fascine et nous attire. La beauté véritable, c’est l’amour de Dieu qui s’est pleinement révélée à nous dans le mystère pascal. La beauté liturgique n’est pas décorative de l’action liturgique, mais elle est un attribut de Dieu lui-même. La liturgie terrestre est un avant-goût de la liturgie céleste. La beauté de la foi doit resplendir dans la liturgie.

L’Evangélisation, c’est multiplier les puits dans le désert

Il y a un vaste horizon devant nous, c’est le travail des communautés chrétiennes, au-delà des nouvelles communautés qui ont été les fers de lance de la nouvelle évangélisation. La paroisse reprend sa valeur de fontaine où l’on peut  venir s’abreuver. Elle doit pouvoir joindre à ses missions ordinaires, des missions nouvelles avec la place essentielle des laïcs pour la rendre missionnaire. La variété des contextes exige la participation de toutes sensibilités, sans exclusive.

Exemples d’initiatives :

Une initiative venant de 5 catéchistes de l’Eveil à la Foi, de la paroisse Ste Thérèse de l’Enfant Jésus (Langogne), pour donner envie aux familles de venir, leur partager le projet, une visite de toutes les familles ayant fait baptiser leur enfant il y a 3 à 5 ans. Porte à porte, rencontres à domicile, proposition d’un dépliant, dialogue, joie immense et grand trouble à la fois, simplement faire passer le message, rencontrer les personnes dans leur histoire, mais aussi le constat de la fragilité de beaucoup…

Une quinzaine de jeunes qui se retrouvent régulièrement depuis les JMJ de Madrid, ayant formé un petit orchestre, donnant des concerts dans les paroisses du diocèse : de vraies veillées de prière, avec des chants sur des paroles de psaumes… Un groupe évangélisateur.

L’évangélisation a le visage du pauvre

Que l’Eglise soit auprès des pauvres. Diaconia a permis des avancées dans ce sens, mais il y a beaucoup à faire. Le pape François y aidera. On fait beaucoup pour les pauvres, mais il faut faire avec. Il s’agit de fraternité, de diaconie. Pas seulement un exercice de sociabilité, mais un fait spirituel.

L’évangélisation tournée vers la famille et les jeunes

Admirable travail de jeunes couples catholiques du diocèse de Mende, qui font beaucoup pour témoigner de l’Evangile. Des gens engagés, qui font peu de bruit, mais sur qui l’Eglise peut compter.

Être inventifs pour proposer aux couples un accompagnement avant et après mariage. C’est là un lieu d’évangélisation important.

Les jeunes attendent de nous une certaine exigence. A Saint Chély, un groupe de lycéens travaille le catéchisme de l’Eglise Catholique avec Youcat. Ces jeunes sont intéressés ! Nous n’allons plus toucher des masses, mais les petits groupes de jeunes avec qui nous sommes en contact attendent de nous une formation. Ils sont demandeurs de silence, de prière, d’adoration. Ils ont besoin d’un témoignage de sainteté, de prière. C’est dans ces groupes que peuvent naître des vocations sacerdotales ou religieuses.

Conclusion

Grâce… Joie. Ce mot revient souvent. La nouvelle évangélisation doit nous faire retrouver une joie de l’annonce. C’est un esprit plus qu’une méthode. Se laisser renouveler dans nos manières de vivre. Il n’y a pas une nouvelle doctrine par rapport aux textes magistériels, mais un renouvellement de notre existence baptismale.

Même avec toutes les techniques et méthodes, cela ne servirait à rien sans l’essentiel : avoir Jésus pour ami, et d’être son témoin.

C’est un art de vivre qui ne peut être communiqué que par celui qui a Jésus, celui qui a la vie, qui est la vie lui-même.

Justice de Dieu et responsabilité des hommes

Question d’un étudiant hier, encore sur facebook… 

Comment Dieu peut-il être à la fois juste et laisser une responsabilité aux hommes, leur laisser la liberté ? L’exemple qui m’a dérangé et qui a d’abord soulevé cette question dans ma tête, c’est celui des missionnaires. Quand un missionnaire partait sur un nouveau continent pour évangéliser :
– ou il avait quelque chose d’essentiel à apporter aux indigènes (bonheur, salut, je ne sais pas…), et on peut se demander s’il n’est pas injuste de la part de Dieu d’avoir laissé ces populations sans cette chose essentielle pendant si longtemps ;
– ou les indigènes n’avaient pas besoin de ce missionnaire pour être heureux (sauvés…) et dans ce cas, les missionnaires ne servent à rien…

 

Ta question touche à plusieurs domaines :

La révélation chrétienne : le fait que pour le christianisme, Dieu, Bien absolu et donc infiniment désirable, ait choisi de se communiquer lui-même par des moyens humains, temporels, fragiles, à travers des hommes imparfaits et pécheurs, au risque d’erreurs ou de lacunes dans la transmission de la Bonne Nouvelle (contre-témoignages des chrétiens, peuples ignorés par l’évangélisation…). C’est là le prolongement de l’Incarnation, où Dieu se fait homme pour se dire aux hommes, au risque de rencontrer leur incompréhension – un risque avéré par l’histoire même de Jésus, puis par celle de l’Eglise. Or cette fragilité dans les moyens de communication de l’Evangile… fait partie du message évangélique.

De fait, la transmission du meilleur de ce que Dieu veut donner, son Esprit Saint, sa vie, passe par l’action évangélisatrice de l’Eglise, une action conditionnée par les limites de ses membres. Les catholiques croient malgré ces limites que Dieu sait ce qu’il fait quand il choisit des pécheurs pour prolonger sa mission, quand il confie à Pierre le soin d’affermir la foi de ses frères et lui garantit une solidité de foi non liée à ses mérites personnels (« tu es Pierre et sur cette pierre, je bâtirai mon Eglise, et les puissances du mal ne pourront l’emporter sur elle… » à mettre en vis à vis avec le reniement de Pierre), quand il fait de l’Eglise son « épouse » à qui il se confie pour se communiquer aux hommes. Depuis le concile de Vatican II, cette foi en la « sainteté » de l’Eglise (le fait que malgré le péché des chrétiens, l’Eglise reçoive de Dieu la capacité de mener la mission qu’il lui confie de le donner aux hommes), va avec l’affirmation que Dieu est aussi capable de se donner au-delà des frontières de l’Eglise, même si la plénitude de la Révélation passe par l’accueil du Christ ressuscité, et l’entrée dans l’Eglise, en tant que communauté de ceux qui vivent de cet accueil.

Autre domaine lié à ta question : Le lien entre toute puissance de Dieu et liberté des hommes.

Dans toute religion – y compris dans le christianisme – se pose la question du dosage entre les deux. La plupart du temps, on imagine une sorte de jeu de tir à la corde ou de vases communiquants, où ce que l’un gagne, l’autre le perd. Plus l’un est à l’oeuvre, moins l’autre l’est.

Dans l’Islam par exemple, qui signifie étymologiquement « soumission », l’obéissance de l’homme aux commandements de Dieu, fait le bon musulman. Les commandements y sont concrets et réalistes (interdits alimentaires, prières n fois par jour, aumône, jeûne etc… tout à fait pratiquables et mesurables), pour que la volonté de Dieu puisse se réaliser complètement à travers ses fidèles, parce qu’avec le Coran, ils pensent savoir tout ce qu’on peut et doit savoir de Dieu et de sa volonté, et qu’ils ont les moyens de le satisfaire.

Dans le christianisme, Jésus pousse à l’extrême la logique des commandements donnés à Israël : « tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton coeur, de toute ton âme, de toutes des forces, de tout ton esprit, et ton prochain comme toi-même », et il n’y a plus de mesure à ce commandement d’aimer. Il fustige les pharisiens qui prétendent être quitte, dans la bonne conscience d’avoir accompli extérieurement les commandements. Plus question alors de prétendre être un « bon chrétien », quelqu’un qui sait ce que Dieu veut et qui le fait exactement. La logique n’est pourtant pas celle d’un commandement impossible qui humilierait l’homme, mais plutôt l’inverse, celle de la divinisation de l’homme par Dieu : lorsque Jésus présente les rôles respectifs de Dieu et des hommes, il parle d’un maître de maison qui s’est absenté et a confié la gérance de sa maison à ses serviteurs, étant entendu qu’à son retour, il jugera la gestion de chacun ; mais plus encore qu’un jugement, c’est le fait qu’à son retour le maître se mette à servir ses serviteurs qui signe cette inversion. En sorte que ce n’est pas en termes de concurrence qu’il faut penser l’action de Dieu et celle des hommes, mais de gloire : Dieu est glorifié lorsque des hommes prennent au sérieux la promesse de divinisation qu’il fait à l’humanité. « La gloire de Dieu, c’est l’homme vivant. » (Saint Irénée de Lyon)

Être chrétien, c’est accueillir la réactualisation permanente de la promesse que Dieu fait à l’homme : « tu aimeras », qui de même que tous les « commandements » du Décalogue est au temps de l’inaccompli en hébreu, que l’on traduit en français par le futur, comme une promesse, et non par un impératif comme « aime ». La foi chrétienne n’est donc pas un en-soi que l’on aurait – lorsqu’on a été évangélisé, reçu le baptême, pratiqué les commandements etc… – et que l’on n’aurait pas si on n’a pas reçu ou vécu tout ça, mais une mise en route sur un chemin de rencontre progressive avec Dieu, pour vivre toujours davantage de lui. Cet aspect dynamique me semble permettre d’échapper au dilemne que tu proposes.

Quel témoin chrétien es-tu ?

Un petit test, préparé au départ pour des adolescents de l’AEP : choisir la réponse qui vous correspond le plus…

1)   On se moque de ta foi en te disant que Jésus-Christ est mort, point final. Comment réagis-tu ?

a.  Je sais qu’il est là avec moi, en particulier quand je prie.
b.  Je le vois à travers tous ceux que je rencontre.
c.  Ce n’est pas ce que j’ai appris au KT et à l’aumônerie.
d.  Ce n’est pas si important pour moi : ce qui compte, c’est l’exemple que Jésus a donné.
e.  Chacun pense ce qu’il veut.

 

2)   Qu’est-ce qui est le plus important pour toi ?

a.  Réussir sa vie professionnelle.
b.  Faire un mariage d’amour.
c.  Être riche.
d.  Développer mes talents.
e.  Contribuer à améliorer le monde.

 

3)   De quoi as-tu le plus besoin pour dire ta foi ?

a.  De m’ouvrir davantage aux autres.
b.  De mieux connaître l’Evangile.
c.  De l’aide des autres chrétiens.
d.  De laisser plus de place à Dieu, à l’Esprit Saint dans ma vie.
e.  D’être un peu plus convaincu.

 

4)   Que penses-tu de ceux qui acceptent de souffrir et même de mourir pour leur foi chrétienne ?

a.  Ils vont jusqu’au bout de leurs convictions.
b.  Ils sont fous ou fanatiques.
c.  Ils sont courageux.
d.  Ils sont un exemple pour les chrétiens.
e.  Ils imitent le Christ.

 

5)   Quelle est ton attitude face à un camarade / collègue qui s’intéresse à la foi chrétienne ?

a.  Tu l’invites au groupe de chrétiens auquel tu appartiens (aumônerie, mouvement, équipe…).
b.  La foi est une affaire personnelle. Je ne m’en mêle pas.
c.  Je suis admiratif.
d.  Je prie pour que Dieu l’éclaire.
e.  J’essaie de répondre à ses questions.

 

6)   A quoi le mot conversion te fait penser ?

a.  Quand un non-chrétien devient chrétien.
b.  Quand un chrétien se met vraiment à croire.
c.  Un grand changement de comportement à l’égard des autres.
d.  Une conviction nouvelle reçue au contact des autres
e.  Je n’en ai pas besoin puisque je suis chrétien.

 

7)   Pour toi, quel est le plus grand témoignage chrétien ?

a.  Aller jusqu’au bout de soi-même.
b.  Mettre tous ses talents au service des autres.
c.  Prendre une part active dans la vie de l’Eglise.
d.  Consacrer sa vie à Dieu.
e.  Passer le relais de la foi.

 

Pour l’évaluation des réponses, cliquer ICI.

Pour l’interprétation, cliquer ICI.

Au risque d’y croire…

Les 15-25 ans du diocèse de Rodez étaient invités à vivre un rassemblement diocèsain à Rodez (collège-lycée Saint Joseph), le samedi 4 avril, veille des Rameaux, sur le thème « Au risque d’y croire… », c’est-à-dire sur l’engagement chrétien.

Un blog ne peut traduire les échanges, les témoignages, les rencontres, mais aussi la célébration à la Cathédrale et le concert de Gospa. Tout cela a fait la richesse de ce rassemblement apprécié par tous les participants, mais aussi le fait que la préparation pilotée par le p.Jérôme Lemouzy ait été faite du début à la fin, en équipe inter-mouvements.

Le groupe des collégiens et lycéens « Chré’atifs » de Rodez (voir la page du groupe sur facebook) a préparé plusieurs ingrédients de cette rencontre. Les voici en téléchargement :

Tableau de répartition de n individus en groupes de p participants– Le diaporama du rassemblement le matin : chants, présentation des mouvements, enseignement sur deux formes d’engagement (le héros et le saint). Vous pouvez aussi l’obtenir en cliquant sur l’image ci-dessus.

– Le tableau de répartition aléatoire de n personnes en groupes de p participants. Vous pouvez aussi l’obtenir en cliquant sur l’image ci-contre.

– La Passion selon saint Marc : le montage (19’45  au format vidéo avi, avec 60 images issues de la Passion de Mel Gibson, traitées avec l’utilitaire befunky et la bande-son des voix des « Chré’atifs » et la musique de Camille Devillers et d’Arvö Part), un diaporama (sans son, ni textes de chants, au format exe, avancement par clic) et pour suivre le déroulement, le texte de la Passion à lire à plusieurs voix en lien avec les images du diaporama.

Diaporamas et textes (plus ou moins nouveaux)

Parce que cela fait 2 mois sans nouveauté sur ce site, et qu’il faut honorer ceux qui le visitent chaque jour (en moyenne 80), voici plusieurs liens vers des documents réalisés il y a quelques jours, semaines, voire années !

– « Passer le relais » (un diaporama de 3,4 Mo pour illustrer la transmission de l’Evangile du Christ à nous, en lien avec le 1er quart d’heure du film « Un monde parfait » de Mimi Leder (2001) –  pour visionner correctement le diaporama, la police Anke Calligraphic est nécessaire)

– « Charles de Foucauld et Edith Stein » (un diaporama de 700 Ko et le texte de 400 Ko qui l’accompagne).

– « Être libre… » (un diaporama d’1 Mo pour la préparation à la confirmation : accueillir l’Esprit Saint rend libre, c’est-à-dire capable de choisir le bien)

– « A propos de l’identité du prêtre » (un texte de 6 pages à partir d’un devoir de séminaire, un peu jargonnant mais pas sans fond)

Pour télécharger ces fichiers : faire un clic droit sur le lien, puis « Enregistrer la cible sous… » (Internet Explorer) ou « Enregistrer la cible du lien sous » (Firefox)

Il était une foi(s) Jésus

Un dialogue – entre Mathilde et Chryslaine – pour la célébration de l’Avent des 6èmes de l’AEP le 14/12/07 à Rodez, à partir du beau film d’animation : Il était une fois Jésus (2000) avec l’aide d’un diaporama (Powerpoint de 6 Mo : clic droit sur le lien puis, « enregistrer la cible sous… »)

Bonjour Madame, nous sommes des 6èmes de l’aumônerie de l’enseignement public, et nous faisons une petite enquête sur Noël. Est-ce que vous accepteriez de répondre à quelques questions ?
Oui, bien sûr.
Qu’est-ce que Noël représente pour vous ?
Oh là, là, c’est une question difficile que tu poses !
Ah, bon ! Vous ne savez pas ce que vous allez faire à Noël ?
Si, bien sûr, je le sais… Je sais ce que l’on fait d’habitude à Noël : le repas, le sapin, les guirlandes, les cadeaux, et même la crèche… mais ce n’est pas en disant ce que l’on fait à Noël que l’on répond à ta question sur Noël.
Et alors, qu’est-ce qu’il vous faut pour répondre à ma question ?
Eh bien, plutôt que de répondre par ce que nous, nous faisons à Noël, il faudrait se poser la question sur ce que Lui, Dieu, fait à Noël. Ce que nous faisons à Noël et même pourquoi nous le faisons, c’est à notre portée. Dire ce que Dieu fait à Noël et pourquoi il le fait, c’est énorme !
…énorme ? Noël, c’est pourtant bien la naissance de Jésus ?
Oui, mais justement, c’est grandiose ça, que Dieu se fasse petit enfant, que le Créateur de l’univers, de la terre et du ciel, le Dieu tout puissant se fasse petit bébé, qu’il naisse comme toi et moi … Je ne suis pas sûre que l’on mesure ce que Noël représente du côté de Dieu.
Je ne l’avais pas vu comme ça !
En fait, c’est étonnant que Dieu choisisse de se faire homme, qu’il se fasse l’un de nous, qu’il se plaise avec nous, et qu’en la personne de Jésus il se révèle lui-même. Au fait, tu as déjà entendu parler de Jésus ?
Oui, au catéchisme, avant le collège. Et puis nous avons vu il y a quelques semaines un film, un dessin animé, sur Jésus : ça s’appelait… « Il était une fois Jésus ».
Je connais ce dessin animé. C’est un très beau film, mais avec un drôle de titre !
Pourquoi ? A cause du « Il était une fois » ?
Oui, parce que ça ressemble au début d’un conte, alors que l’histoire de Jésus, ce n’est pas un conte ! Jésus a vraiment existé, et les Evangiles parlent bien d’un homme réel !
Oui, mais « Il était une foi », ça pourrait aussi s’écrire « une foi » – sans s – plutôt qu’avec un s !
Tu es maline ! Ok si c’est une foi sans s.
Oui, mais même avec un s : « il était une fois », ça a aussi du sens, d’après ce que vous m’avez dit.
Ah oui ?
Oui, on peut dire « une fois » parce que Dieu qui vient en Jésus, c’est quelque chose d’unique.
C’est vrai. Mais nous célébrons Noël chaque année et nous célébrons la messe chaque dimanche, pour dire que Dieu vient aussi à nous chaque année, chaque semaine, chaque jour, et même à chaque instant. C’est pour cela que l’Evangile nous parle à la fois de Jésus avec ses disciples, mais aussi de Lui avec nous aujourd’hui.
Ah oui, je me rappelle qu’avec mon équipe d’aumônerie, nous avons découvert ça.
Les paroles et les gestes de Jésus, continuent sans cesse, à travers toute parole et tout geste d’amour, de pardon et de partage. C’est Dieu qui continue d’agir à travers chacun de ses enfants. C’est pour cela que l’on fête Noël chaque année, et que l’on attend la naissance de Jésus comme si c’était nouveau chaque année !
On attend qu’il revienne parmi nous ?
Oui, Dieu attend aussi que nous le laissions naître en nous, en toi, en moi. Ainsi les paroles et les gestes d’amour, de pardon et de partage de Jésus, mais aussi sa prière, deviennent les nôtres, les tiens, les miens.
Et c’est chaque année la même chose ?
Oui, parce que Dieu ne se lasse pas de recommencer à s’inviter chez nous, chez toi, chez moi.
Il n’a pas peur qu’on ne l’attende pas, qu’on le rejette, et qu’à Noël on ne s’occupe que de nous, des cadeaux, du repas, du sapin, des guirlandes ?
C’est le risque que Dieu prend. Mais les cadeaux, le repas, le sapin, et même les guirlandes, ça peut avoir du sens, si l’on s’en sert pour accueillir de notre mieux la venue de Dieu qui se fait homme. S’il continue d’y avoir des personnes, hommes ou femmes, enfants ou adultes, malades ou bien portants, qui offrent à Dieu le temps de la prière, de l’écoute de sa Parole, de la messe ; s’il continue d’y avoir des personnes de tous âges qui se laissent inspirer par les gestes et les paroles de Jésus : eh bien, Noël continuera d’être Noël : la venue de Dieu dans ce monde.
Alors Dieu continue de s’intéresser à l’homme. Et ce que l’on pense de lui continue de l’intéresser.
Eh bien, écoute donc ce que dit l’Evangile à ce sujet…

Orientations de la catéchèse

Vous trouverez quelques extraits des notes prises à la journée organisée par le Centre Diocésain de la Catéchèse et du Catéchuménat, aujourd’hui à Rodez, avec la présentation par le p. Jean-Claude Reichert du Texte National pour l’Orientation de la Catéchèse en France (2006). Ces notes n’engagent pas le conférencier.

Deux grandes lignes :

1ère intuition : Il ne peut y avoir de catéchèse sans une communauté vivant de la foi, se nourrissant de la Parole de Dieu et des sacrements, se souciant de la place des petits, participant à la vie de la cité, vivant de l’amour de Dieu, du pardon… Cette communauté forme « un milieu nourricier où s’enracine l’expérience de la foi » (p.31). Quand cela est présent… une expérience est possible. Il ne s’agit pas seulement de dire que toute l’Eglise doit être impliquée dans la catéchèse. Il s’agit de dire que la catéchèse implique la mise en contact avec un terreau, et non pas seulement une activité spécialisée confiée à quelques uns… La raison en vient de loin : l’Eglise existe pour évangéliser, pour porter l’Evangile. (Paul VI) Et non, l’Eglise doit développer des actions d’évangélisation. En fait, si elle n’évangélise pas, elle n’existe plus. Toute personne dans l’Eglise, tout lieu, toute mission n’existe que par la vocation de l’Eglise : porter l’Evangile. L’Eglise, par toute sa vie porte l’Evangile, et pas seulement dans les activités dites d’ « annonce de la foi ». En célébrant les sacrements… en vivant évangéliquement… en portant son attention aux petits… Quand on voit l’Eglise faire attention aux petits, on voit l’Eglise porter l’Evangile. Le texte d’orientation ne fait que dire la vocation de toute l’Eglise, chacun ayant sa manière à porter l’Evangile. En liturgie, on n’explique pas, on ne fait pas de leçon, on se laisse porter ailleurs… En catéchèse, on explique, on parle.

Dans la suite d’« Aller au cœur de la foi », il s’agit d’un encouragement non pas à organiser l’entreprise catéchèse, mais à sensibiliser progressivement les communautés chrétiennes à leur vie profonde.

2ème intuition : Pour caractériser maintenant le travail de la catéchèse, nous faisons le choix de la pédagogie d’initiation. Kézako ? Il y a autant de définitions du mot initiation ! Dans la « pédagogie d’initiation » en catéchèse, celui qui initie, c’est le Christ, ce n’est pas nous. Notre tâche est de réunir toutes les conditions pour que cela soit possible, à l’instar de ce qui se passe en catéchuménat. Pour aujourd’hui, nous devons reprendre conscience que le 1er sujet actif, c’est le Christ lui-même au cœur des hommes.

Nous venons d’une période où nous pensions la catéchèse à partir de l’institution : que faut-il que je leur apprenne ? que dois-je leur dire ? On commençait à se fixer à nous-mêmes un objectif pédagogique, partant de nous, puis on se donnait les moyens pour que cela soit reçu. Le travail consistant à trouver les moyens pour que le message soit reçu. Ce modèle ne fonctionne plus. Un professeur des écoles ne peut plus fonctionner comme cela.

La catéchèse vise à la rencontre avec le Christ qui lui-même travaille au cœur des hommes, en imaginant des itinéraires au fil desquels ils pourront rencontrer cette initiative du Christ. Avoir constamment le souci que chez eux, là-bas, il se passe quelque chose, une aventure spirituelle, un cheminement dont nous ne pouvons être propriétaires. Cela ne signifie pas pour autant « laisser faire ». Mais proposer des itinéraires…

 

Quatre composantes de l’offre catéchétique :

Ces deux intuitions, les évêques souhaitent les faire vivre dans 4 types d’offres, qui doivent donc s’enraciner dans le milieu nourricier d’une communauté chrétienne, en mettant en œuvre une pédagogie d’initiation :

(1) Des itinéraires de type catéchuménal qui conduisent aux sacrements.
(2) Des temps intergénérationnels ou communautaires dans le cadre du rassemblement dominical au fil de l’année liturgique.
(3) Un appel à développer une 1ère annonce dans les lieux et regroupements de vie comme la famille, l’enseignement catholique, les mouvements et aumôneries.
(4) Une organisation qui permet aux personnes d’entrer dans une proposition de catéchèse ordonnée à toute étape de la vie.

 

 

 

Une vie pour les autres

Une vie pour les autres… L’expression semble aller de soi, surtout après vingt siècles de christianisme, après plus de trente siècles de judéo-christianisme… Une expression invitant à l’altruisme, à l’attention au prochain, à l’ouverture du cœur, à la générosité, au don de soi… Une expression qu’un humanisme même non chrétien assumerait, puisqu’il est capable d’expérimenter en dehors de la foi qu’« il y a plus de joie à donner qu’à recevoir » (Ac 20,35)

Et pourtant l’expression : « une vie pour les autres » est d’une étrangeté radicale, non seulement parce que nous vérifions à quel point notre égocentrisme, notre égoïsme, la recherche de notre intérêt propre sont enracinés en nous, combien notre désintéressement est illusoire – l’amour le plus désintéressé nous intéresse – mais surtout quand on se réfère à ce que le Christ entend par amour et service du prochain. Après le geste du lavement des pieds, Jésus pose cette question à ces disciples : « Comprenez-vous ce que je viens de faire ? » justement parce que le geste ne va pas de soi. De fait, il faut reconnaître que nous ne le comprenons pas, que cela relève de la folie de Dieu plus sage que la sagesse des hommes. Folie pour le maître de se mettre à la place de l’esclave ; pour Dieu de s’identifier aux plus-petits ; pour sa toute-puissance de s’auto-limiter à l’impuissance de ceux qui ont faim, ont soif, sont nus, malades, étrangers ou en prison ; pour Dieu de mettre en équivalence le commandement de l’amour pour lui-même, Dieu – infiniment bon, infiniment aimable – et celui pour le prochain, non pas un autrui aimable dans l’abstrait, mais le prochain réel avec ses limites qui sont les mêmes que les miennes, avec la même finitude humaine que la mienne, et pour qui il n’y a donc pas plus de raison que je donne ma vie pour lui, que lui pour moi. A moins d’être sujet à l’illusion de croire en la supériorité de la valeur de l’autre, comme ce peut l’être dans la folie amoureuse.

La première clairvoyance consiste à admettre que nous ne savons pas aimer ou servir au sens où le Christ en donne le témoignage, qu’autrui ne nous intéresse pas vraiment, ou seulement jusqu’à un certain point, et surtout que l’abaissement du Christ par amour pour l’homme, le fait que le parfait se sacrifie pour l’imparfait, cela nous répugne. L’altruisme chrétien qui va jusque là n’est non pas simplement exigeant ou difficile, mais impossible.

Pour la foi chrétienne, l’amour agapè, l’amour désintéressé pour autrui, qui l’accepte dans son originalité sans le juger – supérieur ou inférieur – sans chercher à le rapporter à soi, cette « charité » (caritas) est une vertu théologale, qui procède de la grâce de Dieu, où c’est de l’amour même de Dieu que l’on aime, où c’est de l’amour qu’il y a en Dieu que l’on aime : une participation par grâce à la vie trinitaire, à l’action de l’Esprit Saint, l’Amour personnifié. Une vie pour autrui, menée selon cet amour-là, n’est possible qu’en vertu de l’accueil préalable du don de l’Esprit Saint, d’une grâce, c’est-à-dire d’un cadeau immérité, qui donne au chrétien la joie de se reconnaître aimé inconditionnellement par Dieu, par delà mérites et péchés. La reconnaissance de ce don est première, appelant de la part de qui le reçoit l’exigence intérieure d’une libre réponse amour pour amour. Ce serait impossible (et ça l’est, parce que l’amour de Dieu pour l’homme dépasse infiniment l’amour de l’homme pour Dieu), si, se découvrant enfant bien-aimé du Père, le chrétien ne découvrait en même temps en Jésus-Christ la possibilité – invraisemblable si le Christ ne l’avait décidé ainsi –, qu’en aimant et servant son prochain, ce soit Dieu que l’on aime et serve.

Aimer à cause de Dieu, ou en vue de Dieu ne signifie pas que le prochain soit un moyen pour exercer l’amour même de Dieu, mais que c’est au niveau le plus profond de la présence de Dieu à l’intime de l’homme que s’établit la relation inter-humaine la plus vraie. Vivre pour les autres, consiste à inventer sa réponse personnelle à l’amour incompréhensible de Dieu pour moi, amour inconditionnel qui rend possible le don de moi-même. Répondre à sa vocation implique de tirer parti de ses talents et de ses limites, de la perception des manques et souffrances de ses frères, pour inventer cette réponse. Le cœur et les mains du croyant sont alors le prolongement de ceux du Christ pour exercer – et recevoir – l’amour de Dieu à l’égard des hommes.