Laudato Si, 5 ans d’anniversaire

Ce dimanche 24 mai est le 5ème anniversaire de l’encyclique du pape François « Laudato Si » sur l’écologie, que deux équipes paroissiales à Naussac et à Asprières ont pris le temps de lire pendant plusieurs mois. Le pape François y parle d’ « écologie intégrale », avec l’expression « tout est lié » qui revient à 9 reprises, pour affirmer le lien entre l’attention aux pauvres et à la nature (16, 70), à la paix et à la justice sociale (91, 92), à la vie humaine dans sa fragilité (embryonnaire, handicapée…) (117, 120), aux enjeux environnementaux, économiques, sociaux (138) et même institutionnels (142) ; mais aussi le lien de la communion avec Dieu, avec les autres et avec toutes les créatures (240).
La crise sanitaire du Covid-19 a aussi une cause écologique – les contacts humains avec les espèces sauvages liés à leur chasse et à la destruction de leur habitat – et des conséquences sociales et économiques (particulièrement tragiques en certains lieux, cf. en Inde et en Afrique) qui requièrent une réponse à la fois personnelle, collective et institutionnelle. Ce caractère multiforme de la crise dit la pertinence du diagnostic du « tout est lié » de Laudato Si, mais aussi de son invitation à une « conversion écologique » où il est question notamment de « ralentir la marche » (114) et « d’accepter une certaine décroissance » (193) : « Nous savons que le comportement de ceux qui consomment et détruisent toujours davantage n’est pas soutenable, tandis que d’autres ne peuvent pas vivre conformément à leur dignité humaine. C’est pourquoi l’heure est venue d’accepter une certaine décroissance dans quelques parties du monde, mettant à disposition des ressources pour une saine croissance en d’autres parties. » (193)

Quelques questions pour une mise en pratique :

  • Comment traduire personnellement et collectivement ce « ralentir la marche » et cette « certaine décroissance » ?
  • Par exemple, si je devais réduire mes dépenses actuelles d’un tiers – une proportion qui ne soit pas que symbolique -, comment m’y prendrais-je ?
  • Si je devais employer un tiers de mes ressources pour créer de l’activité ou pour partager, à quoi, à qui les consacrerais-je ?

Pour aller plus loin dans l’accueil de l’encyclique Laudato Si :

  • La conférence des évêques de France vient d’ouvrir le magazine en ligne (webzine) toutestlie.catholique.fr avec des articles passionnants, notamment pour relire la crise ou pour penser un développement plus juste.
  • L’hebdomadaire La Vie ouvre aussi dans son dernier n° un dossier sur Laudato Si qui vaut le détour.
  • Le journal La Croix vous propose de le recevoir gratuitement du 25 mai au 13 juin pour 3 semaines de réflexion pour penser et panser l’ « après-crise ».
Et si la crise actuelle nous donnait d’approfondir ce sujet pour un « après » plus résilient ?

La crise du Covid-19 ailleurs…

Notre diocèse bénéficie de l’aide de prêtres originaires d’Inde et d’Afrique, missionnaires (Fidei Donum) ou incardinés en Aveyron. Voici comment est vécue la crise du Covid-19 dans leur (sous-)continent d’origine.

En Inde

Le drame principal n’est pas la faibles­se d’un système de santé inaccessible pour les pauvres, mais le confinement et le blocage de l’économie informelle (92 % des emplois, et donc sans protection sociale) qui jettent sur les routes des dizaines de millions de migrant workers sans ressource ni moyen de transport pour revenir dans leurs villages à des centaines de km ; en­dettés, la faim redevient leur 1ère cause de mor­talité. La phrase “Je serai sûrement mort de faim avant d’avoir le coronavirus” résume la précarité des pauvres, qu’aggrave le cyclone Amphan au N.E. de l’Inde et au Bengladesh : « le cyclone a détruit nos moyens de subsistan­ce ». bit.ly/covid19-inde ou (en anglais) bit.ly/covid-inde-2

En Afrique

La crise alimentaire due aux con­flits était déjà aiguë pour 34 millions d’africains en 2019. 36 millions de plus se retrouvent en grande insécurité alimentaire en 2020 avec l’invasion de criquets à l’est, la sécheresse au sud, tous deux liés au changement clima­tique, et la pandémie de Covid 19 qui bloque le com­merce et affecte les pays importa­teurs nets de produits alimen­taires en en renchéris­sant le coût. La famine arrive. bit.ly/covid-afrique

N’ayez pas peur !

Avec d’autres expressions de même sens comme « Ne craignez pas », « Soyez sans crainte », c’est le commandement le plus répété dans la Bible ! … on l’y compterait 365 fois, comme pour dire la pertinence quotidienne de ces mots inauguraux du pape Jean-Paul II : « N’ayez pas peur ! » (22 octobre 1978). La Bible révèle un Dieu qui veut conjurer la peur chez l’homme, non pas pour l’en exempter – il est naturel d’avoir peur d’un danger ou d’un mal -, mais pour que la peur ne dicte plus nos décisions, ne nous fasse plus « perdre cœur » c’est-à-dire le courage, la vertu d’agir malgré la peur.

Or si toute peur – de perdre, de souffrir, de rater, de manquer… – s’enracine dans LA peur fondamentale qu’est la peur de la mort, les chrétiens qui croient en la résurrection parce qu’ils croient en celle du Christ, devraient en droit être reconnaissables à ce courage, sans pourtant que celui-ci soit leur monopole : tout homme capable de faire de sa mort un acte plus sensé que la-survie-à-tout-prix, qu’il s’agisse du fanatique ou du suicidaire, du martyr ou du djihadiste, du héros ou du sage, cet homme-là non plus ne se laisse plus déterminer par la peur, aussi obsédante soit-elle.

Il y a donc courage et courage, comme par exemple, selon Jean Jaurès, celui de persévérer dans le bien, même modeste, autant que dans la visée de l’idéal. Pour le chrétien, si la foi le met lien personnel avec Jésus-Christ vivant, si le baptême le plonge dans la mort et la résurrection du Christ, si comme le dit frère Christian de Chergé au moine qui s’interroge devant la perspective du martyre : « Ta vie, tu l’as déjà donnée », non seulement par la consécration mais par le baptême [cf. le film Des hommes et des dieux], cette foi chrétienne devrait non seulement libérer de toute peur, mais conduire au Christ, à celui-qui-nous-a-donné-sa-vie-par-amour et qui nous donne la liberté de faire pareil à sa suite : « Jésus par sa mort, a pu réduire à l’impuissance celui qui possédait le pouvoir de la mort, c’est-à-dire le diable, et il a rendu libres tous ceux qui, par crainte de la mort, passaient toute leur vie dans une situation d’esclaves ». (He 2,14-15)

Bien des obstacles peuvent limiter de fait cette liberté, y compris chez les chrétiens. Dans son discours à l’université de Harvard (8/6/1978), la même année que le début du pontificat de Jean-Paul II, Alexandre Soljenitsyne, le célèbre dissident expulsé d’URSS, l’auteur de l’Archipel du Goulag, s’adressant à ceux qui représentaient l’Occident, le camp de la liberté, de la démocratie, faisait ce diagnostic : « Le déclin du courage est peut-être le trait le plus saillant de l’Ouest aujourd’hui pour un observateur extérieur ». Il y a des raisons à cela en Occident : l’éloignement de la mort (guerre, famine, maladie) puis son déni – que l’historien Guillaume Cuchet repère jusque dans la disparition du thème des « fins dernières » ou de l’au-delà dans la prédication des années 60 -, le primat de la revendication de ses droits sur la reconnaissance de ses devoirs, le désintérêt pour le bien commun et le repli individualiste sur la sphère privée qu’avait entrevus Tocqueville comme les périls d’une société démocratique, le bien-être d’un consumérisme outrancier qu’une dialectique du maître et de l’esclave finira par renverser…

Ne plus avoir de passion ou de cause qui justifie qu’on lui consacre sa vie, ni de devoir susceptible d’exiger qu’on fasse le sacrifice de sa vie, fait alors du maintien de son bien-être, de sa survie – ou de ceux de ses proches – la seule fin qui vaille qu’on lui sacrifie tout le reste. Sans la verticalité d’une transcendance appelant au dépassement de l’intérêt de l’individu ou du groupe, ne demeure que la réflexivité soucieuse de soi ou l’horizontalité grégaire du groupe. La crise pandémique actuelle et son traitement précautionneux si coûteux illustrent ainsi notre-hantise-de-la-mort, ou plus exactement la-hantise-de-notre-mort, car la mort lointaine des autres nous dérange peu : 25.000, le nombre des morts du corona-virus en France en trois mois de pandémie, c’est le nombre de ceux qui meurent de faim chaque jour dans le monde, alors qu’une infime fraction des efforts consentis ces jours-ci suffirait à les éviter… [cf. l’édito de Frédéric Boyer (La Croix)]

Les Anciens nous apprennent que la vertu de prudence – qui est la sagesse pratique dans l’action et non pas la précaution et encore moins l’évitement de tout risque – va avec les trois autres vertus cardinales de justice – qui s’attelle au bien d’autrui et pas seulement au sien propre -, de force – c’est-à-dire de courage face à la difficulté et ultimement face à la mort – et de tempérance – et notamment de frein mis à nos appétits égoïstes. Puissions-nous apprendre que la vie vaut « ce que nous sommes capables de risquer pour elle » (Hegel), ou de manière plus évangélique, ce pour quoi on est prêt à la donner, en entendant du Christ : « celui qui veut sauver sa vie la perdra ; mais celui qui perdra sa vie à cause de moi et de l’Évangile la sauvera » (Mc 8,35). Comme bien des professions l’ont montré dans ce temps de confinement, le don désintéressé de nous-mêmes, l’oubli de soi, la préoccupation pour les plus malheureux, le sens du sacrifice seront indispensables pour sortir de cette crise.

[cf. un article sur ce que nous apprend La Peste de Camus]

Recevoir ou donner le nécessaire

Dans ce temps de crise sanitaire et économique, les réseaux sociaux donnent de repérer en ce moment deux questions distinctes :

1- Comment résorber le chômage dans une économie en récession, parce que dépendante de la consommation de biens et services dont huit semaines de confinement nous auront fait nous passer ?

2- Pourquoi reporter aussi loin des célébrations d’Église et en premier lieu la messe ?

Leur enjeu n’est évidemment pas le même, ne serait-ce que par le nombre de personnes concernées, mais ces deux questions ont en commun de nous interroger sur ce qui est ou non « de première nécessité », des nécessités d’ordre différent, au sens des trois ordres pascaliens – des corps, des esprits, de la charité.

 

Pour la première question, contrairement au schéma d’un travail finalisé par ce qu’il permet de gagner et de consommer, la crise actuelle rend flagrants :

(1) l’inégalité des échanges Nord-Sud qui sacrifie le travail dans les pays pauvres et tout particulièrement en temps de récession (des centaines de milliers d’ouvrières du textile au Bengladesh sans emploi et donc sans revenu ; des quelques 40 millions de travailleurs migrants en Inde, renvoyés chez eux sans ressource parfois à des centaines de km à pied) : la crise actuelle menace les populations des pays les plus pauvres dans leurs besoins vitaux, parce que le brusque ralentissement du commerce mondial les prive de travail même sous-rémunéré, d’indispensables ressources alimentaires importées, et de débouchés pour leurs matières premières ou leurs industries de main d’œuvre. Le confinement y lamine aussi une économie informelle de survie au jour le jour, sans parler d’autres misères antérieures à cette crise, comme les guerres civiles, l’invasion de criquets à l’Est de l’Afrique, la sécheresse au Sud, la terreur djihadiste au Sahel jusqu’au Mozambique… Sur le risque de pénurie alimentaires, cf. vidéo ICI.

(2) l’impasse pour les pays riches de fonder l’emploi sur une croissance liée à une consommation de biens non nécessaires venant de l’autre bout du monde (30 millions de chômeurs aux États-Unis) : pour les pays les plus riches, alors que leurs besoins essentiels sont satisfaits, maintenir le niveau de vie et résorber le chômage, semblent requérir une croissance incompatible avec la finitude des ressources et l’équilibre écologique. Cette croissance devient hypothétique lorsque le confinement restreint chacun à ne consommer que l’essentiel, rendant vaines l’amélioration ou l’augmentation de biens ou services non nécessaires. L’économie des pays riches s’effondre lorsque l’on s’y contente de dépenser le strict nécessaire !

Tout cela montre que la vraie denrée rare pour tous, le véritable bien de première nécessité, c’est… le travail lui-même, pour lequel nous devons réviser nos objectifs, les motiver autrement, non plus par la consommation de « toujours plus » de superflu ici, rimant avec gaspillage et déséquilibres sociaux et écologiques là-bas, mais plutôt par :

(a) la satisfaction des besoins de ceux qui manquent du nécessaire : là se trouve la vraie réserve de croissance ;
(b) la chance que le travail donne de déployer son énergie et ses talents, d’être utile, de servir.

Au contraire d’une finalité du travail reposant sur ce que l’on y gagne (le hélas trop fameux : « travailler plus pour gagner plus »), il s’agirait de « travailler plus pour se donner plus ». Certes « tout travail mérite salaire ». Pourtant, les semaines passées ont montré bien des exemples d’engagement et d’héroïsme, de dévouement et de fierté au travail, bien que non corrélés avec un salaire à la hauteur. Est-ce alors utopique de faire de la satisfaction non pas de l’envie d’un superflu dont nous avons un peu appris à nous abstraire, mais des besoins vitaux des plus pauvres, le moteur d’une vraie et légitime croissance, d’un vrai travail-don-de-soi ?

Le mot fameux de J.F. Kennedy : « Ne vous demandez pas ce que votre pays peut faire pour vous, mais demandez-vous ce que vous pouvez faire pour votre pays », s’applique ici et rejoint la doctrine sociale de l’Église avec son principe de « destination universelle des biens ». Aussi légitime et naturel soit-il, le droit à la propriété – en particulier des fruits du travail – est ordonné et relatif au bien le plus large que l’on puisse faire de son usage. Ce qui peut se traduire de diverses manières : consentir, non seulement de bonne grâce, mais comme un honneur, comme un lien d’appartenance à la communauté nationale, au fait de participer à cette nécessaire redistribution qu’est… l’impôt ; dans nos choix de dépenses, privilégier ce qui contribue le plus et le mieux à créer de l’activité pour ceux qui manquent de travail ; renoncer au dernier gadget technologique pour acheter tel produit local ou équitable ; adopter comme premier critère de réalisation dans mon travail, non le montant du salaire, mais l’utilité qu’il a pour les plus pauvres ici et là-bas ; même avec des projets futurs, s’interdire de thésauriser pour thésauriser ; envisager comme l’a évoqué le pape François un « salaire de base universel« …

Il se trouve que la question sur la messe a des accents analogues, avec le risque de la réclamer en la comprenant comme ce-dont-le-confinement-nous-aura-privé, voire ce-dont-tel-ou-tel-voudrait-nous-priver avec un étonnant soupçon d’atteinte à la liberté de culte alors qu’il ne s’agit que de simple précaution sanitaire. Une telle attitude reviendrait à voir dans la communion un bien surnaturel certes, mais guère mieux qu’un produit de consommation à obtenir. Avec la célébration des sacrements, avec la liturgie – étymologiquement « service public » par le peuple – la vraie question est en réalité celle du psalmiste : « comment rendrai-je au Seigneur tout le bien qu’il m’a fait ? » (Ps 115), ce qui en régime chrétien se traduit en louange (rendre grâce à Dieu) et en amour (servir son prochain), nous décentre de nos « besoins » propres et nous oriente vers le tout-Autre et vers autrui.

« Je vous exhorte donc, frères, par la tendresse de Dieu, à lui présenter votre corps – votre personne tout entière –, en sacrifice vivant, saint, capable de plaire à Dieu : c’est là, pour vous, la juste manière de lui rendre un culte. » (Rm 12,1) L’Eucharistie en est certes la source et le sommet, mais elle est célébrée pour la gloire de Dieu et le salut du monde, pour qu’un tel don de soi de notre part, en louange à Dieu et en service du frère, un tel sacrifice, soit toujours et en tout lieu effectif.

Pour l’accueil de migrants

De simples « bons sentiments » n’auraient pas eu la force, la simplicité et le caractère dérangeant tout à la fois de l’appel que le pape François a adressé le 6 septembre dernier à toutes les paroisses et communautés religieuses pour qu’elles accueillent chacune une famille de réfugiés.

 » Je lance un appel aux pa­roisses, aux com­mu­nautés religieuses, aux monastères et aux sanctuaires de toute l’Europe à ma­nifester l’aspect concret de l’Évangile et accueillir une famille de réfugiés.  » Pape François

Les réseaux sociaux et les media ont donné un écho aux débats que cet appel a suscité dans les communautés chrétiennes. Pour certains, leur réserve vis à vis de cet accueil invoque la « vraie charité » de savoir dire non, de ne pas promettre plus que ce que l’on peut donner, mais aussi la peur d’un « grand remplacement », d’une dilution de leur identité (occidentale, française, voire judéo-chrétienne, catholique…). Pour d’autres, qui cherchent à donner une traduction concrète à l’accueil de l’étranger, par-delà le souci immédiat de l’autre et l’exigence du partage de notre superflu à qui manque du nécessaire, c’est aussi la prise de conscience d’un monde qui ne peut plus fonctionner comme avant, de désordres trop longtemps négligés, d’injustices, de misères et de violences extrêmes subies par tant d’êtres humains et qui exige que nous en fassions aussi notre priorité.

« Tout est lié » écrivait le pape François dans sa dernière encyclique, nous invitant à un élargissement du regard, pour que le bien-être consumériste de nos sociétés occidentales ne se paye pas ailleurs en désastre social, écologique, économique ou géopolitique. L’explosion du nombre de réfugiés (53 millions) en est le symptôme, et le migrant qui frappe à notre porte, le révélateur ici de notre responsabilité là-bas.

 

Quelques contributions à la question de l’accueil des migrants

Le pape François (6/9/2015 & 12/9/2015), le cardinal André Vingt-Trois (4/9/2015), les évêques de France (21/6/2015 & 7/9/2015), Pierre Jovanovic (4/9/2015), Erwan Le Morhedec (3/9/2015), Madeleine Bazin de Jessey (2/9/2015), François Huguenin (29/9/2015), et un « blog » très documenté sur la situation des migrants en France.

 

Un retour d’expérience d’un an d’accueil d’une famille de migrants

Suite à la demande de la Pastorale diocésaine des Migrants, une paroisse aveyronnaise décide au printemps 2014 de restaurer sommairement d’anciennes salles de catéchisme en logement paroissial pour héberger une famille déboutée du droit d’asile : deux parents et leurs deux enfants. Avec le concours de bénévoles et des dons divers (meubles, électro-ménager…), cette famille pouvait être accueillie fin juillet 2014. A partir du bilan très positif tiré par les acteurs de cet accueil, de la paroisse et de la municipalité, voici quelques ingrédients de la réussite d’un accueil paroissial d’une famille de migrants, du côté tant des accueillants que des accueillis.

A- Accueillants

A1- Constituer une équipe

Des paroissiens bénévoles prêts à donner un peu de leur temps (et de leur cœur) pour :
– sensibiliser en amont les différentes instances susceptibles d’avoir un avis ; pour la paroisse, consulter le conseil pastoral et le conseil économique avant la décision du curé d’accueillir dans des locaux paroissiaux.
– mettre en contact avec les administrations locales (mairie, CCAS, écoles…), les associations d’aide (Restos du cœur, Secours Catholique…), les employeurs possibles, la population, pour répartir au maximum la charge de l’aide apportée (gratuité de la piscine, mise à disposition d’une parcelle de jardin collectif, bons ou colis alimentaires, aides sociales éventuelles…) en gardant un principe d’équité par rapport aux autres familles en difficulté.
– sociabiliser les accueillis : invitation à fêtes, repas ou pique-niques, ballades, manifestations locales, célébrations, mouvement de jeunes… pour créer d’un réseau de sympathisants en contact régulier avec la famille.
– accompagner dans l’apprentissage de la langue (trouver prof(s) de français bénévoles, lecture) et des codes culturels locaux (conseils sur « ici, ça se fait plutôt comme ça…, ou ça ne se fait pas comme ça… », cours de cuisine…).
– fournir une aide ponctuelle, plutôt en nature : produits du jardin ; dons de meubles, vêtements ou autres ; coup de main pour travaux ; connexion internet ; aide au covoiturage (notamment vers Rodez : préfecture, sécurité sociale…).
– répondre aux critiques de ceux qui contestent cet accueil.
– laisser les démarches administratives pour leur papiers à plus compétents (Secours Catholique, Pastorale des migrants…).

A2- Trouver un logement

– Un logement mis à disposition gratuite pour une durée indéterminée – qui pourrait être de plusieurs mois voire années… – d’un logement viable, meublé sommairement, indépendant, mais sans que toutes les finitions aient été apportées, afin que les accueillis aient leur part (au moins de main d’œuvre) dans des travaux qui valorisent ce logement.
– Les charges, financées par la paroisse ou l’équipe d’accueil, avec une participation de la famille si elle a des ressources (ATA…).

B- Accueillis

B1- S’intégrer

– apprendre le français le plus rapidement possible.
– scolariser les enfants, et les faire participer à tout ce qui est proposé à ceux du même âge (loisirs, sports, mouvements…).
– accepter les propositions de rencontres, de socialisation faites par l’équipe des accueillants, et tout ce qui permet de se familiariser avec la culture locale.
– consentir à une certaine discrétion dans l’expression de leur identité culturelle, religieuse d’origine, en s’interdisant toute forme de communautarisme (rester entre soi).

B2- Donner en retour

– prendre toute initiative pour rendre service : bénévolat, travaux d’utilité générale…
– participer à toute occasion de partage, d’entraide, de soutien… avec les bénévoles qui les accompagnent (Secours Catholique, paroisse…).
– rendre possible à moyen terme (~un an) la collecte de témoignages en leur faveur de la part du plus grand nombre, dans la perspective d’en constituer un dossier en vue de la régularisation de leurs papiers.

B3- Travailler

Pour éviter les écueils et les critiques contradictoires de l’assistanat (« ils sont payés à ne rien faire ») et du travail au noir (« ils nous prennent notre travail »)…
– Puisque la législation leur interdit un travail rémunéré, rechercher toutes formes de participation en travail, dans la ligne de l’Economie Sociale et Solidaire (Système d’Echange Local, troc, bénévolat, échange de compétences… où aucune rémunération n’est due, mais où des dons sont toujours possibles).
– Rechercher les entreprises susceptibles de les employer (possible autorisation préfectorale sur dossier…).
– Veiller autant que possible à ce que les travaux éventuels ne concurrencent pas ceux des entreprises locales (réparations refusées par celles-ci, mise en œuvre de compétences absentes localement, ménages…).
– Participer aux efforts nécessaires à leur accueil : travaux de finition pour le logement mis à leur disposition (peinture, meubles…), jardinage, embellissement des abords.

J’étais un étranger et vous m’avez accueilli

Une tragédie a lieu en Méditerranée, à nos portes, où des migrants de Syrie, de la Corne d’Afrique ou d’Afrique subsaharienne, trouvent la mort dans des embarcations surchargées, après un périple souvent fait de racket, de maltraitance, voire de torture (cf. le sort des Erythréens pris en otages au Sinaï). Les chrétiens ont-ils sur cette question une voix et des actes originaux qui ne soient pas taxés de « bons sentiments », d’irréalisme ?

La parole du Christ : « J’étais un étranger et vous m’avez accueilli » (Mt 25) et la mystique qu’elle induit – voir l’étranger, le migrant comme un frère, comme une icône du Christ – n’ont peut-être pas de traduction politique immédiate, mais elles invitent chacun à oser des gestes prophétiques personnels d’accueil de l’autre, sans s’en défausser sur les autres ou la société. C’est ce que nous ferions chacun si un frère transis de faim, de froid ou de misère frappait à notre porte. La doctrine sociale de l’Eglise peut cependant donner quelques idées au politique : à l’inverse de l’assistanat, donner au migrant le droit de travailler, conditionner le prolongement de son séjour à différents objectifs (maîtrise de la langue, travail, autonomie financière, respect des lois…).

Être catholique – un mot qui signifie « universel » – devrait nous rendre surtout plus sensibles à la solidarité de fait qui unit tous les êtres humains, et qui renforce notre responsabilité à l’égard de notre prochain, fût-il dans un pays en guerre ou en dictature, à des milliers de kilomètres de l’Europe : le contraire de la « mondialisation de l’indifférence » (pape François).

Solidarité avec les irakiens

Secours-Catholique Caritas-France

Mardi 12 août 2014, la Conférence des Evêques de France, le Secours Catholique Caritas-France et l’Œuvre d’Orient lancent un appel à la prière et à la générosité à l’occasion des célébrations du 15 août.

A la suite du Pape François qui a demandé lors de l’Angélus dominical « une solution politique efficace pour rétablir le droit en Irak », la Conférence des Evêques de France, le Secours Catholique et l’Œuvre d’Orient réitèrent leur demande d’un arrêt des violences et l’établissement d’une paix durable et juste dans les conflits qui secouent le Proche-Orient : en Irak, dans le conflit Israël – Palestine et en Syrie. Dans l’immédiat, et pour permettre au Secours Catholique et à l’Œuvre d’Orient de continuer à faire face à l’urgence humanitaire dans la région, les deux organisations, appuyées par la Conférence des Evêques de France, lancent un appel aux dons qui sera relayé dans toutes les paroisses à l’occasion des célébrations du 15 août. Grâce au réseau des Caritas et des églises locales, le Secours Catholique et l’Œuvre d’Orient ont déjà financé de nombreuses actions concrètes auprès des chrétiens et plus largement des populations sinistrées, sans distinction politique ou religieuse.

Les communautés qui se réuniront le 15 août sont aussi invitées à prier l’intercession de la Vierge Marie en utilisant le texte spécialement préparé à cette occasion.

Proche-Orient : prier et agir sans tarder ! Comme d’autres minorités, nos frères du Proche-Orient, dont les pays sont déchirés par les guerres, crient au secours. Entendons-nous leur appel ? Qu’en faisons-nous ?
La Conférence des Evêques de France, bouleversée par les drames qui se déroulent sous nos yeux et dont ont été témoins directs plusieurs d’entre nous, appuie notamment les actions du Secours Catholique-Caritas France et de l’Œuvre d’Orient qui se sont tournés vers elle. Par leur présence sur le terrain, ces organisations d’Eglise sont directement solidaires des chrétiens du Proche-Orient et des victimes des trois conflits majeurs qui secouent la région : Irak, Israël-Palestine et Syrie avec son impact sur les pays limitrophes.
Depuis les tout premiers jours, des équipes Caritas, partenaires du Secours catholique-Caritas France, sont auprès des populations déplacées au nord de l’Irak, des victimes des bombardements à Gaza et des Syriens victimes du conflit dans le pays ou réfugiés en Jordanie et au Liban. Par ailleurs, les prêtres et institutions religieuses sont sur le terrain, au quotidien, aux côtés des familles. Ils leur apportent aides alimentaires, logements, soins et scolarisent les enfants, grâce au soutien de l’Œuvre d’Orient
Depuis trois ans, le Secours Catholique et l’Œuvre d’Orient ont chacun apporté des sommes très importantes pour financer des actions concrètes. Pour continuer et répondre aux besoins de plus en plus vitaux et de plus en plus urgents, votre soutien est indispensable. Merci pour vos dons et pour votre prière tout spécialement en cette fête de l’Assomption de la Vierge Marie, si chère au cœur des catholiques du monde entier.

Mgr Georges Pontier Archevêque de Marseille Président de la Conférence des Évêques de France

 

Prière à la Vierge Marie pour le 15 août 2014 Marie, notre Mère,
nous nous adressons à toi
en cette fête qui nous rappelle que tu es auprès du Père dans la gloire de la Résurrection.
Toi qui étais debout près de la croix de ton Fils,
tu peux, mieux que quiconque, comprendre nos sœurs et nos frères humains qui souffrent
et intercéder pour eux.
Nous voulons te confier aujourd’hui les chrétiens d’Irak et les autres communautés de ce pays, qui vivent un chemin de croix et qui implorent notre aide.
Nous te confions aussi les chrétiens et les autres communautés de Terre Sainte, de Syrie et de tout le Proche Orient.
Prends-les sous ta protection,
Qu’ils puissent découvrir la présence de ton Fils auprès d’eux dans leur détresse.
Intercède pour nous aussi :
Que l’Esprit Saint nous aide à trouver les moyens de leur venir en aide Et que nous vivions plus intensément la solidarité avec eux dans la prière.
Amen.