La sainteté, kézako ?

Question étudiante aujourd’hui sur facebook :

C’est quoi la sainteté ? Si on veut y aspirer on doit se battre jusqu’à nier pour ne plus avoir de défauts ? 

Ex : je veux être saint, mais parfois je suis jaloux, donc je m’auto-convainc que je ne suis pas jaloux, je me raisonne et prend du recul, et me dis que c’est pas grave finalement ? Là, c’est être saint ?

Moi j’ai plus l’impression que c’est une négation de nos faiblesses, et que ce recul aussi juste et sain soit-il nous éloigne du coeur de nous même, il nous rend plus froid…

Je pense à une réflexion acide d’un non croyant sur la charité chrétienne comme « la manière très particulière qu’ont les chrétiens d’aimer ceux qu’ils n’aiment pas ».

Eh oui, vu comme ça, cela sent la sueur, l’effort volontariste d’aller à l’inverse de ses sentiments naturels, une forme d’hypocrisie. Cela n’est pas chrétien, même si cela a quand même de la valeur, puisque c’est simplement être civilisé que d’apprendre à se raisonner comme dans ton exemple sur la jalousie, à sublimer ou à contrôler ses pulsions (eros ou thanatos) pour les canaliser dans des directions plus moralement ou socialement acceptables.

Être saint, implique aussi un effort exigeant sur soi-même, mais à la différence de ton exemple, où tout ne part que de soi et renvoie à soi (« je m’auto-convainc… je me raisonne… je me dis… »), cet effort ne peut être que second par rapport à l’accueil de la grâce d’être aimé de Dieu sans condition. Sans cette relation dont Dieu a l’initiative, on court le risque du pharisaïsme (tirer orgueil de ses efforts, les faire en vue d’une récompense, prétendre à une antériorité de notre don sur celui de Dieu) ou de l’héroïsme (donner de soi, dans une générosité qui s’épuise à ne donner qu’à partir de soi).

Le chrétien au contraire mesure sa faiblesse, et même son incapacité foncière à aimer à la manière dont Dieu aime et l’appelle à aimer, mais il se découvre en même temps incompréhensiblement aimé, « grâcié », comme dans la parabole du débiteur impitoyable (Mt 18,23-35) ; s’il se laisse faire, s’il accueille cette grâce, il reçoit le cadeau mystérieux d’une capacité nouvelle d’aimer et de pardonner, par delà tout effort, et au-delà du raisonnable (cf. les 5 premières minutes de cette vidéo), bien loin d’un christianisme-caution-idéologique-à-la-morale-bourgeoise. C’est cela la « charité » : aimer d’un amour divin qui découle de l’accueil de ce même amour de Dieu pour nous, comme c’est le cas pour Zachée en Lc 19,1-10.

Les exigences déraisonnables du discours sur la Montagne (Mt 5-7) ou du fameux « tendre la joue gauche » (Lc 6,29)… tout cela n’est alors audible qu’à partir de l’accueil préalable de la révélation d’un Dieu qui aime les bons comme les méchants, qui promet que nous pourrons aimer comme lui, et qui en Jésus-Christ se donne pour que cela se réalise. Les sacrements servent à cela.

En régime chrétien, le don précède toujours l’exigence ; la morale découle d’une mystique, et avant d’être un « faire » ou « donner », la sainteté est d’abord un « se-laisser-faire » et « recevoir ». Par comparaison, si le héros était un arrosoir qui s’épuise à se vider, le saint serait un tuyau d’arrosage déversant son eau à la mesure de ce qu’il reçoit en amont.

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