Après un avortement…

A une femme qui éprouve très douloureusement la culpabilité d’un avortement passé, et s’interroge sur la compatibilité de cet acte avec un engagement en Eglise.

L’avortement est un acte grave, mais le fait que vous en mesuriez la gravité, que vous en éprouviez de la « mauvaise conscience » – aussi pénible soit-elle -, vous honore.

Certes, cette mauvaise conscience n’a pas à être cultivée, surtout lorsqu’elle empêche de vivre, mais elle garde sa valeur d’indicateur moral. Le pire serait de faire le mal en cherchant à écarter tout sentiment de culpabilité, à se déculpabiliser en se cachant à soi-même la gravité du mal que l’on fait. Au contraire, le sentiment de culpabilité aide à nommer objectivement le mal que l’on a pu faire, et par là même à commencer à en prendre de la distance. « La vérité vous rendra libre. » (Jn 8,32)

Pour objectiver ce mal, il faudrait creuser de manière plus fine des éléments comme (1) votre intention au moment de poser l’acte d’avorter, (2) l’influence de votre entourage… qui conditionnent la valeur, la responsabilité et la culpabilité de votre acte. Cela ne doit pas être fait dans le but de vous déculpabiliser, mais dans un effort de vérité.

Pourtant, cet effort de vérité n’est qu’un commencement.

C’est le pardon demandé (à votre enfant, à vous-même, à Dieu…) – et reçu dans le sacrement du pardon, qui accomplit la distinction la plus radicale, entre ce que vous êtes et ce que vous avez fait, aussi grave soit-il.

Le pardon de Dieu opère à la racine de l’être, car il restaure ce qui constitue le plus profondément la personne, par delà tout mérite et démérite, et qui est d’être enfant de Dieu, fils ou fille bien-aimé du Père. De fait, l’accueil renouvelé de l’amour miséricordieux de Dieu pour qui lui demande ce pardon, le délivre du fardeau de la culpabilité, et lui renvoie en bénédiction – le fait que Dieu dise du bien de lui ! – l’humble aveu qu’il fait de son péché. Dieu réalise cette restauration dans le sacrement du pardon, même si on ne le sent pas toujours complètement au moment du sacrement : un sentiment de culpabilité peut encore subsister, mais peu importe alors car « notre cœur aurait beau nous accuser, Dieu est plus grand que notre cœur, et il connaît toutes choses. » (1Jn 3,20) Et dans ce contexte de vérité et de pardon demandé et reçu, il ne s’agit plus là d’une vaine déculpabilisation.

Ayez assez confiance en l’amour infini de Dieu pour vous, pour faire de la mise en vérité de votre acte, de son aveu, l’occasion de demander et de recevoir le sacrement du pardon auprès d’un prêtre de votre choix. « Moi, si j’avais commis tous les crimes possibles, je garderai toujours la même confiance, car je sais bien que cette multitude d’offenses n’est qu’une goutte d’eau dans un brasier ardent. » (Ste Thérèse de Lisieux)

Le reste viendra de surcroît, y compris avec ce que la foi de l’Eglise appelle la « communion des saints », une relation apaisée et même féconde avec votre enfant désormais en Dieu, et même capable d’intercéder pour vous. Il n’y a pas alors de contre-indication à ce que vous mettiez au service des autres et de l’Eglise, les ressources d’un coeur agrandi de se découvrir aimé à ce point.

« Si Dieu est pour nous, qui sera contre nous ? » (Rm 8,31)

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