Dialoguer au sujet des caricatures

Voici le compte-rendu qu’a rédigé Edith Guillemet sur la dernière des rencontres « Des religions pour la paix », entre chrétiens (catholiques, protestants) et musulmans, sur un thème d’actualité : l’affaire des caricatures. Cette rencontre s’est tenue à Rodez, vendredi 17 février, avec la présence de plusieurs des responsables de la communauté musulmane de Rodez (Moustapha Benmokhtar, délégué départemental du conseil du culte musulman, Abdelkader Dkhissi, président de la mosquée de Rodez, Boumediene Khomsi), du pasteur Etienne Vion de l’ERF, du p.Louis Delmas et de laïcs engagés à différents titres dans l’oecuménisme et le dialogue interreligieux, via le CCFD, l’ACAT, la Pastorale des migrants, le service diocésain de la communication… Un échange riche et cordial, s’autorisant désaccords et convergences de points de vue !

Mieux comprendre et parler ensemble de ce qui fâche…

Un groupe d’une vingtaine de croyants, musulmans, chrétiens protestants et catholiques, pasteur, prêtres ou laïcs, se retrouvent à Rodez depuis plus de cinq ans pour apprendre à se connaître, échanger sur leur foi et leur façon différente de la vivre dans une société laïque. Vendredi dernier, c’est « l’affaire des caricatures » qui a fait débat. Chacun a pu exprimer son point de vue sur la production des caricatures et les réactions qui ont suivi. En particulier Moustapha Benmokhtar, délégué départemental du conseil du culte musulman, et le pasteur Etienne Vion, dont la presse avait publié les positions différentes sur ce sujet.

Si plusieurs s’accordent à reconnaître la pratique de la caricature comme l’un des fondements de la démocratie et de la liberté d’expression, d’autres revendiquent des limites à cette liberté, liées à l’indispensable respect de la dignité de la personne humaine et de la foi du croyant, et tout simplement de la vérité. Encore faut-il s’entendre sur la lecture des caricatures. Celle de Mahomet s’adressait-elle à Mahomet et à la foi de l’Islam, ou était-elle plutôt un moyen de dénoncer ceux qui se servent du prophète à des fins guerrières ? Alors que l’amalgame entre le terrorisme et le modèle qu’est Mahomet pour les musulmans blesse profondément ces derniers dont la majorité dénonce la violence, comment comprendre les réactions violentes qui ont suivi la caricature ? Ceux qui regrettaient l’absence de manifestations des musulmans pacifiques, comprenaient cependant que la colère qui s’est exprimée vient de loin et dépasse largement le cadre d’un dessin…

Utilisation politique des religions, risque d’« intégrisme » athée, interrogations sur la responsabilité des médias et la régulation de leur pouvoir, autant de questions qui ont fait l’objet d’échanges attentifs et cordiaux. De fait, la question commune pour les croyants est bien de rechercher ensemble les moyens dont ils disposent pour vivre librement leur foi dans une société laïque et l’exprimer de façon juste et vraie. Les tabous et le sacré d’une religion ne s’imposent pas à ceux qui ne partagent pas cette religion. Il ne s’agit plus là d’une seule affaire de communication, mais de vie, sachant que la vérité se défend toute seule, avec douceur… Que pouvions nous conclure ? Que par nos rencontres, dans la confrontation choisie et le respect de chacun, nous sommes en train de construire humblement un lieu de dialogue et de paix.

Edith Guillemet

En complément :
– La position du Vatican sur les caricatures.
– Un
argumentaire technique du fr. Edouard Divry, o.p. sur libertepolitique.com
– Le très beau
site de l’exposition à la Bibliothèque Nationale sur la Torah, la Bible et le Coran, avec une partie sur la représentation dans le judaïsme, le christianisme et l’Islam (s’y déplacer avec les flèches en bas de page).

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