La Bible, de belles histoires ?

Je voulais savoir qu’est-ce que c’était la bible, pour nous les catholiques. De belles histoires comme des contes ? La parole de Dieu et uniquement celle de Dieu, donc un condensé de sagesse ? Ou un mélange de vérité et d’inventions ? 

La question que tu poses est celle de l’historicité de la Bible, relancée par un livre comme le « Da Vinci Code », mais qui réchauffe un débat ancien, sur le rapport entre l’histoire et la foi. Un débat entre exégètes, historiens, théologiens… qui s’est conclu par l’échec des tentatives de séparer le « Jésus de l’histoire » et le « Christ de la foi ».

Certes, il y a toujours des contestataires pour penser la Bible, et en particulièrement le Nouveau Testament, comme une affabulation de croyants, pour prétendre que les chrétiens ont accolé au Jésus historique des fables, du merveilleux, des miracles, du mythe, pour lui faire porter un costume trop grand pour lui (Christ, fils de Dieu, Seigneur…). Ils invitent alors à une « démythologisation » de la Bible, pour en faire non pas une Révélation de Dieu, mais un simple message de sagesse émis par des communautés humaines, comme on le fait pour des mythes ou des fables. Dan Brown et d’autres vont encore plus loin en imaginant un complot de l’Eglise, avec l’invention d’un message qui assoie le pouvoir des chefs de l’Eglise.

Voici quelques arguments contre de telles contestations qui s’opposent à la foi chrétienne :

– La diversité des Evangiles et les incohérences de détail qu’on y trouve, manifestent leur véracité historique : on n’invente pas un message de sagesse en y laissant des contradictions, et les Evangiles sont bien l’oeuvre de témoins qui préfèrent honorer ce qu’ils ont perçu de Jésus plutôt que d’harmoniser leurs discours.

– L’absence d’information sur ce qui se passe entre la mise au tombeau et le tombeau vide, sur le coeur de la foi chrétienne qu’est la Résurrection, et qui était pourtant la première des choses à mythologiser. L’Eglise a choisi les 4 Evangiles canoniques (Mt, Mc, Lc, Jn) et refusé des évangiles dits apocryphes qui font justement du mythe. Jésus sortant victorieux et resplendissant du tombeau et faisant s’évanouir les gardes… voilà du mythe, tel qu’on le trouve dans l’évangile dit « de Pierre », qui inspire en partie l’iconographie chrétienne (cf. le haut de la mise au tombeau de la Cathédrale) mais qui n’est pas de foi, car absent des Evangiles canoniques.

– Le refus des évangélistes de prouver la Résurrection : ils s’en tiennent à des faits vérifiables, le tombeau vide, des disciples apeurés, découragés et dispersés… qui ensuite se rassemblent, témoignent avoir vu le Christ, et partent dans le monde entier se faire martyrs de cette annonce.

– La présence dans les Evangiles d’épisodes « gênants » pour l’évangélisation : le baptême de Jésus par Jean-Baptiste (il est utile de lire le récit de ce baptême dans Mt 3,13, Mc 1,9 et Lc 3,21 pour comprendre comment les évangélistes ont fait pour traiter ce fait historique, sans le trahir, mais en rognant éventuellement les angles pour se le rendre plus digeste : garder précieusement le fait et proposer une interprétation, c’est là le maximum de ce qu’ils ont fait comme « invention » de croyants) ; l’ignorance par Jésus de certaines choses (la fin des temps…) ; le fait que les premiers témoins de la Résurrection soient des femmes… Tout cela indique le contraire d’un projet de mythologisation de Jésus, mais un souci de coller aux faits, même gênants pour les premiers chrétiens.

– La place qu’occupent les premiers disciples, les apôtres et tout particulièrement Simon Pierre dans les Evangiles, qui n’est pas celle de chefs d’une Eglise qu’ils auraient inventée : avec le reniement de Pierre, l’incompréhension de tous devant le projet de Jésus, Pierre traité de Satan, leur carriérisme (être le plus grand…) etc… on ne sape pas soi-même son autorité dans des textes que l’on aurait écrits pour se faire valoir dans l’Eglise que l’on aurait créée pour en être responsable.

– Les miracles de Jésus ne suscitaient pas de contestation, y compris chez ses opposants : « Il en a sauvé d’autres, qu’il se sauve lui-même »… On ne voit pas ce qui aurait fait que certains quittent tout pour suivre Jésus, sans des actes extraordinaires de sa part.

– Des paroles de Jésus – appelées « ipsissima verba » – ne s’expliquent ni par le milieu juif de l’époque, ni par la foi de l’Eglise primitive…

Pour en venir à l’Ancien Testament, il faut comprendre ce que le concile de Vatican II a rappelé, que la Parole de Dieu pour nous, chrétiens, n’est pas un livre, mais une personne : Jésus, le Verbe-fait-chair, la Parole-de-Dieu-incarnée. La Bible est finalement la bibliothèque des expériences de Dieu qu’a faites le peuple juif du Christ, soit sous forme d’attente ou d’annonce, avec ce cela peut avoir d’approché, soit pour l’avoir rencontré en Jésus, accomplissement des Ecritures.

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