Trois questions d’une jeune catéchiste…

Une étudiante, catéchiste auprès de collégiens de 5ème, m’a posé hier sur facebook quelques questions…

La religion est-elle logique ?

– Tout est logique dans la foi chrétienne (je préfère ce terme de foi plutôt que celui de religion qui en est l’appareil intellectuel, social, cultuel, même si une foi sans religion devient subjective et invertébrée) : tout est cohérent dans la foi, au sens de non contradictoire, et cette cohérence participe à sa crédibilité ; s’il y avait une seule contradiction dans la foi chrétienne, je cesserai d’y croire.

– Mais le fait que ce soit logique ou cohérent n’est pas une preuve que ce soit vrai : les fous sont très logiques, mais s’appuient sur des prémisses fausses.

– Ce n’est donc pas simplement un raisonnement ou une déduction logique – c’est à dire un pur acte de l’intelligence – qui permet d’accéder à la vérité profonde du christianisme, mais également un acte de la volonté, le choix de prendre le risque de donner sa confiance, sa foi à Celui qui se propose sans forcer notre intelligence, avec l’humilité de l’Enfant de Noël ou du crucifié du Golgotha. Le oui de la foi suppose la crédibilité de celle-ci, mais implique un au-delà, une plongée dans le mystère que mon intelligence ne saurait épuiser. [à lire : encore un excellent livre de Fabrice Hadjadj, La foi des démons, Salvator 2009]

– Ce qui à certains pourrait apparaître comme « contradiction » (Dieu tout-puissant & Jésus impuissant dans sa Passion, Dieu maître de l’histoire & l’homme libre ; Dieu infiniment bon & laissant faire le mal ; Dieu unique & trinitaire ; Jésus vrai Dieu & vrai homme et donc mortel ; la confiance totale en la Providence & la responsabilité d’agir bien…), est en fait « paradoxe », tension féconde entre deux termes à tenir ensemble pour rendre compte de ces mystères que sont le monde, autrui, moi-même et Dieu. Les hérésies – en grec, ce mot signifie « choix » – simplifient la réalité en choisissant un seul des termes du paradoxe : ce n’est qu’en apparence plus reposant intellectuellement, mais on en voit les limites dans les fruits amers qu’elles portent (on juge l’arbre à ses fruits). Par exemple, ne choisir qu’un strict monothéisme, en refusant la Trinité, aboutit à un Dieu de pure transcendance, inconnaissable, ininterprétable sinon par une soumission totale à ses commandements (c’est le Dieu de l’Islam). L’hérésie arienne, qui ne voyait en Jésus qu’une créature intermédiaire entre Dieu et les hommes, aboutit à admettre d’autres chefs temporels « tenant-lieu » de Dieu, d’autres « lieutenants » de Dieu au pouvoir totalitaire. etc…

 

Comment Jésus fait-il tous ses miracles ?

– Eh bien, c’est tout simplement parce qu’il est Dieu !

– A qui douterait que Jésus a effectivement fait des miracles, on peut demander en vertu de quoi des hommes apparemment sains d’esprit et de corps – leurs témoignages et leurs écrits l’attestent – auraient suivi un homme qui n’aurait rien fait d’extraordinaire, et après sa mort seraient allés jusqu’aux extrémités du monde connu pour parler de lui, vivre et mourir pour lui.

– Mais la vraie question n’est pas celle-là. Elle est plutôt : « pourquoi lui qui pouvait faire tant de miracles n’en a-t-il pas fait un tout-petit, qui l’aurait sorti du guêpier final ? » C’est la remarque des chefs des prêtres : « il en a sauvé d’autres, qu’il se sauve lui-même ! » qui atteste des miracles antérieurs, et du sens le plus profond de la mission du Fils unique, qui ne nous sauve pas à la manière d’un magicien, mais en épousant notre condition humaine jusque dans ses enfers.

 


Où est Dieu ?

– Je suis tenté de te rappeler la petite histoire juive suivante :

Un jour, le fils du Rav Dov Ber, le rabbin de Mezeritch, vint en pleurs se plaindre auprès de son père : « Je jouais à cache-cache avec mes amis, et je me suis tellement bien dissimulé qu’ils ont cessé de me chercher et sont partis ailleurs ! ». Le rabbin consola son fils en lui disant : « C’est sans doute ce que Dieu ressent, lorsqu’il nous dissimule l’aspect de sa divinité, à tel point que certains d’entre nous cessent de le chercher, et se mettent ainsi à vivre sans Dieu ! »

Cette histoire correspond aussi au fait que Dieu crée en se retirant, en donnant au monde son autonomie, ou au jeu amoureux de chat et de la souris que joue le fiancé du Cantique des Cantiques (Dieu) pour faire grandir le désir chez sa bien-aimée (l’humanité).

– Mais elle n’est pas totalement juste, car si Dieu est effectivement caché, ce n’est pas tant qu’il se cache, que nous, qui ne sommes pas assez présents au monde, aux autres et à nous-mêmes pour le reconnaître. Il y a un regard de la foi qui permet de « voir Dieu en toutes choses » (Saint Ignace de Loyola) et d’en rendre grâce.

– De la même façon, on ne voit pas l’électricité, et il faut d’autres instruments de mesure pour la sentir.

– Pour corriger cette impression d’un ‘Dieu-qui-se-cache’, j’aime le commentaire sur le blog de Philippe Lestang : clique ICI.

 

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