Vivre au dessus de ses moyens…

Nommé curé dans le Ségala par Mgr Bellino Ghirard, notre évêque, je quitte la paroisse Notre-Dame de l’Assomption après dix premières années de sacerdoce comme vicaire à Rodez. La célébration dimanche dernier en la Cathédrale pour se dire au-revoir a été l’occasion de rendre grâce ensemble pour ce que le Christ a pu susciter comme échanges, partages, collaborations, enrichissements mutuels… Ce fut un plaisir de jouer le jeu de cette célébration de remerciements, d’être prétexte à une occasion de joie pour une communauté rassemblée, même si ce fut pour m’entendre prêter des qualités encore seulement désirées de loin. L’occasion d’éprouver encore le décalage entre ce qu’un prêtre connaît de son indigence et ce qui est attendu de lui, et que de fait on reçoit de lui par-delà ses limites personnelles : ce qu’un prêtre donne est au-delà de ses moyens !

En rapport avec ce constat, j’aime cette citation d’André Frossard : « La foi donne à l’intelligence de vivre au-dessus de ses moyens. »*  Mais pour paraphraser Frossard, je dirais aussi qu’être prêtre donne à la foi, à l’espérance et à la charité de vivre au-dessus de leurs moyens. Qu’être appelé à transmettre la foi et en particulier à la prêcher la fait grandir. Qu’être envoyé avec la mission d’être attentif aux personnes rend un peu plus aimant. Que l’obligation professionnelle de la prière – et en particulier des psaumes – et de la relecture des événements et pour y retrouver la présence du Seigneur qui nous accompagne, tout cela rend un peu plus espérant. Il en est de même pour tout chrétien en tant qu’il témoigne de sa foi en actes d’espérance et de charité, qu’il soit catéchiste auprès d’enfants, bénévole dans un service de solidarité, accompagnateur en pastorale des jeunes, en aumônerie ou en mouvements d’Eglise, visiteur de malades pour une présence fraternelle ou pour apporter la Présence, ou « fidèle », simplement fidèle à l’unique mission de l’Eglise d’évangéliser. La foi grandit au-delà d’elle-même en se communiquant ; l’espérance et l’amour en s’exerçant. A cette donnée d’expérience, on ne peut opposer un « je ne sais pas faire », « je n’ai pas les compétences », « je n’en suis pas digne ».

Pour ce qui est de la foi, il faut objecter que la foi se travaille, et que ne manquent pas dans le diocèse, la paroisse ou les autres lieux d’Eglise les moyens d’une plus grande intelligence de la foi en vue de la dire. « Pour rester en tenue de service, se former en Eglise » est la priorité de l’année dans le diocèse, que les ruthénois ont – avouons-le – davantage de moyens pour la mettre en pratique : cours de l’antenne de l’Institut Catholique à Saint Pierre ; conférences nombreuses et variées ; formations des mouvements souvent dispensées à Rodez ; diversité dans l’unité au sein de l’équipe des prêtres, qui donne à entendre la même Parole de Dieu sous différents angles d’approche… Il n’y a pas lieu de se plaindre : demandez plutôt le programme !

Surtout, la foi en Jésus-Christ fait de tout baptisé un porte-parole de Dieu, et que cela va au-delà de la conscience qu’il peut en avoir, à condition qu’il accepte dans la foi que ce ne soit plus lui qui vive, mais le Christ en lui (Ga 2,20), s’il consent à se laisser traverser par une réalité qui le dépasse, l’Esprit Saint qui sait passer à travers nos manques et nos obscurités.

Lors de la célébration d’au-revoir à la paroisse, ce fut pour moi un chapelet de souvenirs qui s’est égréné à toute vitesse avec les visages des fidèles de la procession de communion et les visages de ceux salués à la sortie de la Cathédrale, incarnant cette réalité du Christ présent en son Eglise : bénévoles de la paroisse ; confirmés, baptisés et catéchumènes ; collégiens et lycéens engagés à l’hospitalité aveyronnaise, en aumônerie ou dans un mouvement d’Eglise ; jeunes et chefs engagés dans les mouvements scouts ; catéchistes en primaire ou auprès de collégiens ; professeurs et chefs d’établissements d’enseignement catholique ; animatrices en aumônerie du public ; époux préparés au mariage ; membres d’équipes Notre-Dame ou en Action Catholique ; hommes ou femmes ayant célébré les obsèques d’un conjoint ou d’un enfant ; personnes accompagnées dans telle épreuve de leur vie…

Que la foi en Jésus-Christ nous donne à tous de vivre et d’aimer au-dessus de nos moyens !

Que Notre-Dame de l’Assomption nous porte à l’humilité et à la folle ambition de montrer Dieu au monde !

 

*  Il y a effectivement des vérités auxquelles ne peut accéder une raison livrée à ses seules forces, si elle n’est accompagnée, voire précédée par un acte de confiance, par un engagement, et par l’acte de volonté et de foi qu’ils impliquent. Par exemple, tout ce qui a trait à la relation à autrui demande une foi pour que l’intelligence puisse se déployer pleinement. La raison seule ne peut prouver l’amour d’un autre ou pour l’autre, ni dire le sens ultime de la vie, ni donner la certitude d’avoir trouvé sa vocation, ni mener à cet émerveillement rendu plus joyeux d’être mû par la gratitude.

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