Tendre la joue gauche

Question d’une lycéenne :

On devrait tendre la joue gauche quand on nous frappe sur la joue droite. Pourquoi?
– répondre par l’amour et la compréhension à la violence
– rester noble face à la violence
Mais violence, physique ou morale, tu crois pas que ça tourne vite à la persécution ou au sado masochisme ?
ça me fait penser aux femmes battues.

 

Esquisse de réponse :

Pour interpréter ce « commandement impossible », je t’invite à reprendre le passage où il se trouve dans l’évangile selon saint Luc (Lc 6,29) qu’il faut lire dans son contexte :

Jésus déclarait à la foule :
27 « Je vous le dis, à vous qui m’écoutez :
Aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous haïssent.
28 Souhaitez du bien à ceux qui vous maudissent, priez pour ceux qui vous calomnient.
29 A celui qui te frappe sur une joue, présente l’autre. A celui qui te prend ton manteau, laisse prendre aussi ta tunique.
30 Donne à quiconque te demande, et ne réclame pas à celui qui te vole.
31 Ce que vous voulez que les autres fassent pour vous, faites-le aussi pour eux.
32 Si vous aimez ceux qui vous aiment, quelle reconnaissance pouvez-vous attendre ? Même les pécheurs aiment ceux qui les aiment.
33 Si vous faites du bien à ceux qui vous en font, quelle reconnaissance pouvez-vous attendre ? Même les pécheurs en font autant.
34 Si vous prêtez quand vous êtes sûrs qu’on vous rendra, quelle reconnaissance pouvez-vous attendre ? Même les pécheurs prêtent aux pécheurs pour qu’on leur rende l’équivalent.
35 Au contraire, aimez vos ennemis, faites du bien et prêtez sans rien espérer en retour.
Alors votre récompense sera grande, et vous serez les fils du Dieu très-haut, car il est bon, lui, pour les ingrats et les méchants.

 

Commentaires :

v.27a : Jésus est le sujet en relation avec nous, nous donnant au présent de l’indicatif, pour aujourd’hui la parole de révélation sur Dieu.

v.27b-31 : Les verbes sont à l’impératif et s’adressent à nous, en relation avec les autres, pour donner une loi de gratuité, d’amour inconditionnel.

v.32-34 : Une succession de conditionnelles (« si… ») et d’interrogations, pour dire comment nous allons mettre en oeuvre cette logique de gratuité dans les diverses situations qui se présentent.

v.35 : Il s’agit de nous en relation avec les autres et avec Dieu, avec des impératifs et des verbes au futur ; la loi n’est pas qu’impératif, elle est aussi promesse d’une relation filiale à Dieu se révèlant comme source de l’amour inconditionnel.

De manière générale, les commandements bibliques sont écrits dans l’Ancien Testament en employant le temps hébreu de l’inaccompli (souvent traduit par le futur : tu aimeras ton prochain, tu ne tueras point, tu ne voleras point, tu respecteras le sabbat etc…) plutôt que par celui de l’impératif (honore ton père et ta mère). Autrement dit, ils sont autant promesse que commandement, comme si Dieu disait : « je te promets que s’accomplira le jour où tu aimeras ton prochain comme toi-même… » etc… ce qui permet au croyant d’accueillir le commandement non pas d’abord comme une exigence (plus ou moins impossible) mais comme une invitation à la foi en celui qui donne de réaliser ce qu’il ordonne. Saint Augustin avait ainsi cette prière : « Seigneur, donne ce que tu ordonnes, et ordonnes ce que tu veux ! »

Certes, dans le commandement de Lc 6,29, le masochisme est possible, mais il n’a alors rien à voir avec l’attitude qui précède : on n’y trouve ni exigence, ni promesse. On a au contraire maints exemples de mise en pratique de ce commandement et qui relèvent de la foi et sont de l’ordre de la sainteté. Cf. Maximilien Kolbe (cf.wikipedia) au camp d’Auschwitz…

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